Marier les vertus morales

Les vertus cardinales sont la prudence, la justice, la tempérance et la force. D’elles découlent toute la vie morale de l’homme. Cette vie morale se veut comme un équilibre entre des extrêmes. En chaque chose, il nous faut composer entre divers comportements possibles pour être sur la crête d’une montagne et avancer vers le sommet. Se dessinent alors deux visages possibles de chacune des vertus, deux versants où l’on peut cheminer. La prudence est prudence ou entreprise. La justice est justice ou bienveillance. La tempérance est tempérance ou jouissance. La force est force ou tendresse.

Et l’on s’aperçoit que l’on gagne à considérer les vertus morales comme mariées, dans une dualité. Usant à chaque instant davantage de l’un ou de l’autre versant, nous avançons dans la durée d’une manière équilibrée. Une vie morale authentique accepte d’aller tantôt davantage d’un côté, tantôt davantage de l’autre, du moment que globalement la vie se déploie dans un cercle vertueux.

Notre monde a besoin d’entreprise, elle a besoin de personnes qui osent l’aventure de la vie. Notre monde a besoin de bienveillance, elle a besoin de personnes qui agissent pour le bien de leurs frères. Notre monde a besoin de jouissance, elle a besoin de personnes qui sachent trouver du plaisir dans les petites choses, qui sachent s’émerveiller. Notre monde a besoin de tendresse pour goûter concrètement la joie du vivre ensemble.

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Liberté de conscience

Selon l’Évangile, le plus grand des commandements, celui qui résume tous les autres, c’est celui de la charité : aimer Dieu et aimer son prochain, de l’amour même de Dieu (Mt 22, 37-40). Mais comme on aime à le dire : l’amour se fait dans la vérité. Il faut aimer en vérité. L’erreur produit le désordre et le malheur… La vérité permet à la vie de s’épanouir. Elle permet à des amis et à des amants de cheminer ensemble dans une union de cœur. La vérité se reconnaît progressivement dans la conscience qui juge de chaque chose, et permet de choisir le vrai bien. C’est un chemin que l’on emprunte durant toute sa vie : il est fait d’erreurs et de réussites, de déceptions et de grandes joies.

Au sujet de la vérité, Jean-Paul II nous a rappelé dans Veritatis splendor qu’il y a deux impératifs moraux fondamentaux : celui de chercher la vérité, et celui de la choisir une fois trouvée. Ces deux impératifs vont ensembles. Ils fondent la liberté de conscience. Nul ne doit être embêté dans ses choix de conscience, s’il garde vif son désir de quête de la vérité. Mais on ne peut invoquer la liberté de conscience si l’on ne cherche plus la vérité, si l’on se façonne une vérité selon ses envies. C’est là qu’il faut remarquer que notre conscience n’est pas un absolu auto-référencé : elle doit être en relation avec Dieu, avec la Vérité, avec le Bien. Et dans cette relation, elle doit chercher à s’ajuster pour correspondre de plus en plus à ce Vrai Bien qui la dépasse. Et le Vrai Bien est Beau et Bon : il nous fait entrer dans un dynamisme de vie réjouissant.

Mais il y a une autre erreur qui peut nous conduire dans l’impasse. C’est celle de penser que ce travail de la conscience, de chercher la vérité et d’y adhérer une fois trouvée, se fait dans la solitude de notre conscience absolument seule en elle-même ou devant Dieu. Ce fut l’entreprise, par exemple, de Descartes. Il espérait trouver dans sa conscience seule une certitude absolue. Cela peut sous certaines réserves fonctionner dans certains domaines, comme les mathématiques. Mais, en général, cela ne peut conduire inévitablement qu’à l’erreur, et à se créer sa propre vérité. C’est finalement un relativisme qui se fonde non pas sur le rejet d’une vérité objective, mais sur la croyance que nos facultés personnelles sont capables d’émettre par elle-même un jugement certain. Et alors, cela conduit à avoir chacun sa propre vérité.

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Des anges, de leur existence et de leur sexe

Puisque le monde est en feu, il est temps de parler du sexe des anges. C’est une longue tradition depuis la chute de l’empire d’Orient sous les assauts des armées musulmanes en 1453 de procéder ainsi en de telles situations. Cela peut faire rire, mais à chacun de savoir où sont ses priorités. Nous ne faisons pas ici de l’ironie mal placée, mais nous désignons au contraire le point sur lequel notre civilisation a échoué ; et qui peut donc être le lieu d’un renouveau. À vous de vous faire une idée si vous acceptez de prendre le temps de nous lire dans nos différents articles. Nous regarderons ici tout d’abord la question de l’existence des anges, puis celle de leur sexe.

Les anges, donc, qui nous écoutent et sont prêts de nous, sont des êtres purement spirituels. Les diverses religions et cultures attestent de leur existence. Mais peut-on prouver cette existence par la raison humaine ? Certains diront que non, et que cela relèvent seulement de la foi. D’autres, comme saint Thomas d’Aquin et nous-mêmes, soutiendront que cela est possible. La preuve repose essentiellement sur l’argument de la complétude de l’univers des créatures.

De fait, Dieu ne fait rien à moitié. L’on sait que Dieu est purement spirituel. La complétude de l’univers demande qu’il y ait des créatures purement spirituels pour que la perfection propre de la spiritualité soit manifestée en elles. Bien sûr, Dieu a aussi créé des êtres spirituels qui ne sont pas purement spirituels mais composés de spiritualité et de matière : ce sont les hommes. Il y aurait quelque chose de déficient à se contenter de ces êtres spirituels-là, et à imaginer qu’elles soient les seuls de l’univers. On aurait un goût d’inachevé. Ce qui serait sorti des mains de Dieu ne serait pas adéquat à la perfection divine. C’est la preuve par la complétude dans l’ordre de l’existence.

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Holacratie

Aujourd’hui, une grande incertitude règne sur l’avenir. Beaucoup présagent de grands bouleversements qui mèneront à un changement de civilisation. Nous prônons pour notre part un changement de posture existentielle et spirituelle, plus ouvert au mystère de la vie et de l’amour. Notre monde se meurt parce que l’on ne veut pas servir la vie et l’amour, parce que l’on ne fait pas de ce service un projet de société. Pour nous, ce mystère s’est manifesté en plénitude dans le mystère chrétien, mais tous peuvent déjà en percevoir quelque chose.

D’un point de vue politique, il semblerait que nous touchons à la fin d’une utopie qui consistait à croire que le modèle politique occidental allait nous garder dans un monde de liberté et de sécurité. La crise du Covid a fait voler en éclat les dernières digues qui retenaient la mise en place d’une société où la vie privée est grandement contrôlée et où des libertés élémentaires sont retirées aux citoyens. La loi a pris le dessus sur le bon sens et sur le jugement du bien véritable d’une situation. La politique a sombré dans des raisonnements fallacieux et des mensonges orchestrés. Au profit de qui ou dans quel but ? Cela n’a pas grande importance. Ce qu’il faut noter, c’est que quand un gouvernement en arrive là, c’est qu’il ne lui reste plus longtemps à vivre. Que la population lui retire sa confiance et refuse de coopérer, alors il s’effondrera. Reste à savoir ce qu’il y aura après.

Pour notre part, du fait de la quête croissante d’un nouveau paradigme plus équilibré, moins clivant, plus pragmatique et plus sage, nous croyons que va ressurgir le vieux principe de philosophie politique qui dit que le meilleur régime est à la fois démocratique, aristocratique et monarchique. C’est ce que l’on peut appeler une holacratie, ou une holarchie. Il s’agit d’un gouvernement complet, entier, organique, qui considère que les personnes et les communautés s’insèrent dans des communautés de plus en plus vastes, qui ne sont pas seulement la somme des personnes ou communautés qui la composent, mais sont encore plus. Le gouvernement se répartit alors intelligemment à tous les échelons. Les unités de base (holons) se composent en unité supérieures plus complexes, et ce dans diverses directions. La société est en fin de compte un corps avec divers organes et de multiples interactions.

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Le sexe est-il un accident ?

Le titre est peut-être un peu accrocheur, mais il s’agit en fait d’une question philosophique dont la réponse revêt une certaine importance. Il se pose la question de savoir si la masculinité et la féminité sont des accidents ou sont d’ordre substantiel. Un accident est ce qui existe dans un autre ; l’accident peut changer dans un être tout en ayant affaire toujours au même être. C’est par exemple la couleur de notre peau. Une substance est ce qui existe en soi, par soi et non pas dans un autre. Pour un être constitué avec une essence, c’est ce qui demeure dans tout changement. La pierre, le chien et l’homme sont des substances aux multiples accidents. Il y a neuf types d’accidents : la quantité, la qualité, la relation, le temps, le lieu, la possession, la situation, l’action et la passion.

La nature humaine n’est ni masculine, ni féminine, même si elle permet l’un ou l’autre. On pourrait se dire alors que la masculinité et la féminité sont d’ordre accidentel et non pas une caractéristique substantielle. On pourrait finalement changer de sexe. C’est ce que soutiennent certaines personnes. Soit radicalement ; soit en disant cependant que c’est un accident trop fondamental pour qu’on puisse en fait vraiment en changer. Lire la suite « Le sexe est-il un accident ? »

Pour une métaphysique de la vie

Si l’on parle aujourd’hui de métaphysique, nous avons souvent l’impression d’avoir affaire à quelque chose de triste et de très abstrait. Ce sont des mots et des concepts qui ne sont pas accessibles à tout le monde et qui pourtant sont censés régir notre manière de penser et de nous situer dans le monde. Nous avons tous l’image de ce métaphysicien assez terne qui joue avec les idées, mais qui paraît bien morose. Et de fait, en étudiant la métaphysique, nous avons parfois l’impression de nous éloigner de la vie. Ce n’est pas toujours le cas, mais nous pressentons au moins que nous en courons le risque.

Pourquoi ? Pourquoi, en nous rapprochant des principes de l’existence, nous semble-t-il partir loin de l’existence ? Pourquoi éprouvons-nous parfois des difficultés à faire un lien entre ces principes et une vie épanouie et heureuse ?

C’est qu’il y a une méprise, une erreur de la pensée, qui nous porte vers un intellectualisme lancinant. C’est que la vie a été remplacée par des concepts. C’est que la plénitude d’être du monde spirituel qui se déploie dans une existence riche et féconde a été remplacée par des abstractions de notre raison souvent de type mathématiques. C’est une méprise à la racine d’une perversion de la métaphysique et pour certains du rejet de celle-ci. Mais cela se cache parfois dans des formes qui nous laissent à penser que nous avons affaire à une métaphysique de l’être tout à fait compatible avec le mystère chrétien.

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De la science

La science moderne est une science physico-mathématique. Elle s’intéresse aux phénomènes du monde visible, elle est donc une physique. Et elle cherche à établir les lois quantifiables qui la régissent. Elle cherche dans la quantité ses principes d’explication. Elle fait donc usage des mathématiques pour l’établissement de ses théories.

Même si c’est une lunette particulière, c’est bien une lunette fascinante pour regarder le monde, pour en observer les contours, de l’infiniment petit à l’infiniment grand. Les choses se mesurent, se situent dans des repères, interagissent selon des forces et des lois. Depuis les particules élémentaires de la matière, jusqu’aux galaxies et amas de galaxies, en passant par les atomes, les molécules, les ADN, les ondes, les planètes et les astres, tout semble observable, quantifiable et mesurable. Le monde est une étendue mesurable. Le scientifique, c’est celui qui sait établir les lois quantifiables de l’univers.

Tout semble montrer à l’esprit moderne que c’est là l’ordre du monde, ce qui fonde la consistance des choses. Le monde est régi par des lois quantifiables. Il ne faut pas croire cependant que cela se fasse d’une manière mécanique et déterminée comme on a pu le penser par le passé. La science moderne a montré que les lois fondamentales de l’univers laissent une part immense à l’indétermination et au hasard. Notons que cela peut avoir la conséquence fâcheuse que les choses n’ayant pas d’autre consistance que quantifiable, elles sont malléables au gré de nos désirs.

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La composition des essences

Notre regard porté sur le monde y découvre un foisonnement de réalités : des pierres, des arbres, des voitures, des maisons, des cheveux, des hommes, des animaux, des abeilles. La liste serait longue. Et si l’on va dans l’infiniment petit, on y découvre aussi une multitude de réalités : des protéines, des molécules, des atomes, des particules, des ondes. Et si l’on va dans l’infiniment grand, il en est de même : des astres, des systèmes solaires, des galaxies, des amas de galaxies.

Ces réalités se croisent et se décroisent, se coupent et se recoupent. Une feuille va grandir sur un arbre, puis partir avec le vent, puis se décomposer et devenir autre chose. À bien regarder le monde, c’est toute une symphonie qui s’en dégage, une mélodie ; c’est une fresque aux colorations incroyables, à la diversité fulgurante. Il y a de quoi être saisi. Et plus l’on avance, plus l’on voit que tout est infiniment complexe, avec de multiples interactions : et ce champ de l’hypercomplexe reste encore un monde immense à explorer.

Mais quelles sont les règles de cette symphonie ? Comment se fait la consistance et le devenir de tous ces êtres ? Lire la suite « La composition des essences »

Hommes et Femmes dans le plan de Dieu

Quelques intuitions à discuter

noces de Cana
Icône des noces de Cana

« La Bien-Aimée
Lève-toi, aquilon, accours, autan !
Soufflez sur mon jardin, qu’il distille ses aromates !
Que mon bien-aimé entre dans son jardin,
et qu’il en goûte les fruits délicieux !

Le Bien-Aimé
J’entre dans mon jardin, ma sœur, ô fiancée,
je récolte ma myrrhe et mon baume,
je mange mon miel et mon rayon,
je bois mon vin et mon lait.

Mangez, amis, buvez, enivrez-vous, mes bien aimés ! »

Cantique des Cantiques 4, 16 – 5, 1

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Introduction

« Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, homme et femme il les créa. » (Gn 1, 27). « Un signe grandiose apparut au ciel : une Femme ! […] Or, la Femme mit au monde un enfant mâle » (Ap 12, 1;5). De la Genèse à l’Apocalypse, en passant par le Cantique des Cantiques et tous les autres livres, la Bible parle d’hommes et de femmes. C’est un sujet intéressant parce qu’il est au cœur du projet de Dieu et qu’il nous concerne tous. De plus, dans le contexte actuel où l’essence et les postures respectives des hommes et des femmes sont très questionnées, il est d’autant plus judicieux de chercher quel est le plan de Dieu à ce sujet.

J’ai voulu présenter ici quelques intuitions, glanées ou forgées au cours de mon existence, que ce soit par diverses expériences, en particulier dans une communauté religieuse mixte très eucharistique, par la lecture assidue de la Bible, par des rencontres et par mes études philosophiques et théologiques. Mon but est de pouvoir discuter de cela pour le service du Christ. Sont-elles toutes vraies ? Je ne sais pas. Mais il m’apparaît intéressant d’échanger là-dessus ; et j’y trouve pour ma part une certaine fécondité.

Je commencerai donc mon propos en cherchant les différences de posture du masculin et du féminin, avec ce point de départ de leur rapport à l’intériorité et à l’extériorité ; pour ensuite m’intéresser davantage au mystère chrétien. Lire la suite « Hommes et Femmes dans le plan de Dieu »

Des hommes préhistoriques

Gn 2,7 : « L’Éternel Dieu forma l’homme de la poussière de la terre, il souffla dans ses narines un souffle de vie et l’homme devint un être vivant. »

Les hominidés sont apparus sur la Terre il y a des millions d’années. Dans cette famille se trouvent aujourd’hui les orangs-outans, les gorilles, les chimpanzés et les membres de l’espèce humaine, à savoir les homo sapiens. Le genre homo, dont on trouve la première trace il y a 2,8 millions d’années, a comporté plusieurs espèces dont il ne reste aujourd’hui que les homo sapiens que nous sommes qui sont apparus il y a 300.000 ans.

On appelle hommes préhistoriques les membres des diverses espèces du genre homo ainsi que d’autres espèces apparentés qui ont vécu au cours de la préhistoire.

Ces êtres présentent pour la plupart des caractéristiques d’évolution assez archaïques comparées à celles de l’homme moderne. Ils ont dans l’ensemble un physique primitif qui a connu de nombreux changements pour aboutir à celui d’homo sapiens. Ils sont marqués par l’usage progressif d’outils et l’apprivoisement du feu. Ils présentent aussi une culture primitive d’ensevelissement des morts et de pratiques artistiques (peintures, etc.). Ils devaient aussi posséder de nombreuses autres particularités dont nous avons peu de traces, mais rappelant les nôtres d’une manière embryonnaire.

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