Holacratie

Aujourd’hui, une grande incertitude règne sur l’avenir. Beaucoup présagent de grands bouleversements qui mèneront à un changement de civilisation. Nous prônons pour notre part un changement de posture existentielle et spirituelle, plus ouvert au mystère de la vie et de l’amour. Notre monde se meurt parce que l’on ne veut pas servir la vie et l’amour, parce que l’on ne fait pas de ce service un projet de société. Pour nous, ce mystère s’est manifesté en plénitude dans le mystère chrétien, mais tous peuvent déjà en percevoir quelque chose.

D’un point de vue politique, il semblerait que nous touchons à la fin d’une utopie qui consistait à croire que le modèle politique occidental allait nous garder dans un monde de liberté et de sécurité. La crise du Covid a fait voler en éclat les dernières digues qui retenaient la mise en place d’une société où la vie privée est grandement contrôlée et où des libertés élémentaires sont retirées aux citoyens. La loi a pris le dessus sur le bon sens et sur le jugement du bien véritable d’une situation. La politique a sombré dans des raisonnements fallacieux et des mensonges orchestrés. Au profit de qui ou dans quel but ? Cela n’a pas grande importance. Ce qu’il faut noter, c’est que quand un gouvernement en arrive là, c’est qu’il ne lui reste plus longtemps à vivre. Que la population lui retire sa confiance et refuse de coopérer, alors il s’effondrera. Reste à savoir ce qu’il y aura après.

Pour notre part, du fait de la quête croissante d’un nouveau paradigme plus équilibré, moins clivant, plus pragmatique et plus sage, nous croyons que va ressurgir le vieux principe de philosophie politique qui dit que le meilleur régime est à la fois démocratique, aristocratique et monarchique. C’est ce que l’on peut appeler une holacratie, ou une holarchie. Il s’agit d’un gouvernement complet, entier, organique, qui considère que les personnes et les communautés s’insèrent dans des communautés de plus en plus vastes, qui ne sont pas seulement la somme des personnes ou communautés qui la composent, mais sont encore plus. Le gouvernement se répartit alors intelligemment à tous les échelons. Les unités de base (holons) se composent en unité supérieures plus complexes, et ce dans diverses directions. La société est en fin de compte un corps avec divers organes et de multiples interactions.

La démocratie peut alors s’exercer convenablement d’abord dans les unités de base proches de chaque personne. Puis, le pouvoir remonte pour ce qui ne peut être géré à cette échelle, pour arriver progressivement aux grands ensembles où des personnes et des groupes assurent son exercice. Notre système actuel ne met pas beaucoup l’accent sur les unités de base et a tendance à ramener le pouvoir dans la mains des groupes et personnes qui nous dirigent. Il est donc peu démocratique. Il donne l’illusion de la démocratie, car l’on va voter pour ceux qui nous gouvernent, mais il y a finalement peu de lieu d’expression d’une authentique démocratie.

Il fut un temps où l’on pouvait agir et voter dans tout un tas d’institutions qui nous concernaient : que ce soit pour son village, pour son métier, pour la gestion de propriétés communes à un groupe de personnes (forêts, moulins, etc), etc. Ce sont ces pratiques qu’il faudrait revisiter et restaurer pour une authentique démocratie où chacun puisse participer à son échelle au bien de la cité. Il ne s’agit pas de penser qu’il y a eu un jour un régime idéal, mais il s’agit de s’inspirer du meilleur de chaque régime pour fonder le régime de demain.

Par ailleurs, une liberté d’agir laissée à chacun ne peut vraiment s’exprimer et se réaliser que dans un cadre suffisamment stable et clair. Les gouvernements actuels ont tendance à vouloir toujours tout changer et tout complexifier, et laissent peu de place à une participation de tous. Dans une holacratie, il faut des personnes pour veiller à ce que le cadre institutionnel qui fonde la vie en commun soit juste, proportionné, et respecté pour permettre à la vie politique de s’épanouir tel un jardin où chacun peut déployer sa vie et contribuer à l’ensemble.

Un cadre clair et une participation libre de chacun. Une holacratie cherche donc à tirer le meilleur des diverses manières d’exercer le pouvoir. Et il cherche à permettre l’exercice de la démocratie d’abord à l’échelon local, et d’abord pour les aspects de la vie qui nous concernent. À des échelons plus vastes, il s’agit d’éviter par un cadre clair la dictature d’un groupe restreint qui va s’accaparer le pouvoir.

En holacratie, il convient de beaucoup réfléchir sur qui est responsable de quoi, qui a pouvoir sur quoi. C’est ce qui s’appelle la gouvernance. On ne fait guère cela aujourd’hui, où l’on considère que le Parlement et quelques élus nationaux ont autorité sur tout. L’on connaissait jusque là le pouvoir exécutif, le pouvoir judiciaire et le pouvoir législatif. Il est important d’ajouter le pouvoir de gouvernance qui est celui de décider qui a autorité sur quoi.

Comme le rappelle la démocratie, le pouvoir vient du peuple. De fait, en politique, le pouvoir vient de la nature humaine que nous avons tous en partage. Et l’enseignement social chrétien nous rappelle que ce pouvoir remonte dans les échelons des représentants par subsidiarité : l’exercice du pouvoir doit rester au plus proche du peuple, et ne remonter que quand l’échelon inférieur fait défaut et pour les exigences du bien commun. Par exemple, les personnes œuvrant pour le cadre clair dont nous avons parlé plus haut ne doivent pas usurper le pouvoir démocratique.

Que le pouvoir vienne du peuple en politique est une différence avec le pouvoir spirituel qui vient de la nature divine et non de la nature humaine : il vient de Dieu, par ses représentants pour une part, et par sa présence en chacun de nous pour une autre part. À cela, il convient aussi de préciser que le pouvoir qui vient de la nature humaine vient finalement de Dieu qui a créé la nature humaine. On dit que le gouvernement divin est une théonomie participée : l’homme participe par ses capacités, sa liberté et sa responsabilité à la bonne marche du monde.

Pour un pays comme la France, pour que le pouvoir reste au plus proche du peuple, nous suggérerions que les divers foyers d’un même quartier ou village siègent en assemblée pour leur propre gestion, et élisent des représentants pour leur ville ou canton. Ceux-ci, avec tous les autres représentants, siégeront dans une assemblée locale avec un pouvoir législatif et de gouvernance. Par ailleurs, des élus locaux (maires, etc) seront aussi élus pour le pouvoir exécutif.

Puis, ce schéma se reproduirait au niveau du département : il y aurait par secteur des élus pour la gestion courante qui éliraient parmi eux des représentants pour une assemblée départementale avec un pouvoir de gouvernance et un pouvoir législatif. Le pouvoir exécutif aurait aussi ses représentants : ce sont les préfets d’aujourd’hui.

Et à une autre échelle, les régions auraient des élus pour la gestion courante qui éliraient parmi eux des représentants pour siéger dans une assemblée nationale au pouvoir législatif et de gouvernance. Et il y aurait un gouvernement national exécutif comme maintenant.

Les prises de décisions peuvent se faire par référendum, par les assemblées, ou par les élus.

Ce qui est intéressant, c’est que les représentants siégeant aux assemblées législatives et de gouvernance seraient aussi gestionnaires des entités plus petites, où il y a aussi des décisions d’ordre exécutif et de gouvernance. Cela contribuera à avoir une meilleur compréhension des choses quand les lois seraient établies. Et en dehors de cela, il ne sera pas permis de cumuler les mandats.

Ce qui est aussi intéressant, c’est que la vie holacratique s’apprend d’abord proche de chez soi, à l’échelon de son quartier, puis cela remonte progressivement, d’échelon en échelon : l’éducation citoyenne s’en trouve facilité, et l’exercice du pouvoir enrichi.

La méthode holacratique demande de faire des cercles et des sous-cercles dans diverses directions. Nous avons parlé jusque là de la direction principale des communautés de vie : ville, département, région, pays. Un système holacratique doit aussi considérer les cercles et sous-cercles des différents métiers et services au sein de la société. La question se pose de savoir comment faire participer ceux-ci au gouvernement pour ce qui les concerne. Le jeu politique demande de constituer des corporations pour les faire participer aux décisions. C’est encore une fois une question de gouvernance : qui a pouvoir sur quoi.

Et en plus de cette organisation, il convient, nous l’avons dit, qu’il y ait des personnes pour s’occuper que le cadre holacratique soit respecté, et qu’il n’y ait pas d’injustices criantes. Ces personnes doivent se tenir au-dessus de la mêlée et garder la vision et l’organisation du pays sur le très long terme, avec une certaine stabilité. Ils doivent fédérer, veiller à ce que les différents sous-cercles soit bien organisés et que personnes ne prennent trop d’importance par rapport aux autres. Ils doivent protéger le jardin qu’est notre pays, et l’entretenir pour que chaque pousse ait un développement harmonieux. C’est là ce que devrait être ce que l’on appelle le pouvoir régalien.

Notre pays est un jardin. Il faut savoir y œuvrer tel un jardinier pour le préserver de ce qui peut l’abîmer, pour l’entretenir, et continuer à l’embellir selon notre propre créativité. Un idéal politique équilibré ne peut se contenter d’une seule approche exclusive des autres, mais doit chercher dans toutes les approches de quoi constituer un ensemble harmonieux où chacun peut déployer sa vie dans des échanges féconds pour aider librement à cultiver ce beau jardin. C’est cela l’idéal holacratique.

Pour commencer à mettre en œuvre cet idéal, je crois que le mieux est d’écouter le cri des Gilets Jaunes qui réclament un pouvoir qu’on leur a confisqué, et aussi de s’inspirer du modèle politique de la Suisse qui a fait ses preuves. C’est pourquoi, nous suggérons tout d’abord les mesures suivantes :

  • Sortir du niveau législatif unique pour aller vers un triple niveau législatif : communal, départemental et national. Et donc établir une assemblée de représentants pour chacun de ces niveaux, en entamant une réflexion sur les prérogatives de chacun de ces niveaux (c’est-à-dire mettre en œuvre le pouvoir de gouvernance, comme on le disait plus haut).
  • Élire les représentants de ces assemblées à la proportionnelle, d’une manière directe ou indirecte, pour que ces assemblées correspondent aux divers courants de la société.
  • Mettre en place un référendum d’initiative citoyenne pour chacun de ces trois niveaux pour :
    • Refuser un projet de loi ;
    • Proposer un projet de loi ;
    • Voter un point précis de la loi ;
    • Démettre un élu ou un représentant (maire, ministre, président, etc.) de ses fonctions.

Cela permettra la participation de chacun. Il reste que cela ne pourra à mon sens fonctionner sur le long terme que s’il y a la garantie d’un cadre clair et stable, comme on le disait plus haut. C’est pourquoi, je pense qu’il faut donner au pouvoir régalien la possibilité d’un droit de veto sur un référendum d’initiative citoyenne dans le cas où celui-ci porte sur le vote d’un point précis de la loi au niveau national (mais pas dans les trois autres cas, ni au niveau départemental ou communal). Et il faut demander au pouvoir régalien de se tenir au-dessus de la mêlée, et non pas de s’immiscer dans tous les sujets comme il le fait aujourd’hui.

Notre monde ressemble beaucoup à celui de la France en 1789, la royauté en moins. Le peuple réclame un pouvoir qui lui a été progressivement capturé par une élite aux nombreux privilèges. De nombreux problèmes (pauvreté, maladies, etc) entraînent de plus en plus de tensions. En 1789, la royauté a convoqué et mis en place les états généraux. Mais l’élan a été récupéré au profit d’une minorité bourgeoise ambitieuse et corrompue qui a voulu prendre le pouvoir. Aujourd’hui, l’élan peut être récupéré, non pas par ceux qui veulent prendre le pouvoir en France, mais par ceux qui veulent prendre le pouvoir dans le monde entier avec toute la puissance de l’argent et de l’ingénierie. C’est pourquoi, il faut veiller à ce qu’un changement politique soit d’abord orienté vers une récupération du pouvoir et de la participation au niveau local, et non pas de nous inscrire dans des gros machins internationaux où, sous couvert d’égalité entre tous, la démocratie ne peut pas s’exercer car il n’y a pas toute la constitution organique depuis la base que nous avons décrit dans notre idéal holacratique.

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