
Il nous arrive parfois d’entendre que, quand quelque chose ne va pas, il n’y a pas de juste milieu possible, car celui-ci ne ferait qu’aggraver la situation. Par exemple, agir dans la haute finance alors que celle-ci détruit le monde en cherchant seulement un équilibre pour minimiser les effets pervers ne pourrait rien apporter de bon ; la seule solution possible serait de partir ou de réformer les choses en profondeur. Pourtant la vie vertueuse se définit comme une médiété entre des extrêmes, et semble laisser entrevoir la possibilité d’une action plus modérée. Qu’en est-il vraiment ? Il y a derrière cette question de nombreux cas de conscience que nous traversons tous si nous avons un tant soit peu soif d’idéal, soif d’un monde meilleur, d’un monde juste et équitable.
Regardons Jésus. Une foule immense l’acclame aux Rameaux. C’est un moment de grande unité et il en est le Roi. Mais chez ceux qui l’acclament, tout n’est pas rose. Certains cherchent la puissance ou l’intérêt. Certains ne font cela que pour mieux le tuer ensuite. Un des douze apôtres est même sur le point de le livrer. La situation met en péril la paix avec Rome. Elle semble même courir le risque de nous éloigner de la simplicité de l’Évangile. Il y a de nombreux pécheurs, de nombreuses illusions, de nombreux cœurs partagés. On a l’impression d’une fausse unité, d’une fausse paix, d’une situation où tout ne tourne pas rond. Et pourtant, Jésus se laisse faire, il est même acteur, car il sait qu’au-delà de tout cet ivraie, le bon grain est semé. Il est le Roi du Ciel et de la Terre, et ce moment devait arriver pour le manifester.
Mais vient ensuite la Passion où il quitte tout prestige, où il se dépouille jusqu’à subir une mort infâme. Il aurait pu prolonger la fête et entrer dans un messianisme terrestre, mais cela aurait été succomber au Père du mensonge. Au contraire, il a fait sa Pâques, laissant derrière lui les menteurs et les hypocrites, pour refaire l’humanité en profondeur et aller jusqu’au matin de la Résurrection. Et c’est là que se trouve son vrai règne, sa vraie unité.
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