Mais qui sont les anges ?

Qui n’a pas croisé, intrigué, une de ces créatures ailées au détour d’une histoire, d’une œuvre d’art ou accrochée dans un coin d’une église ou d’un bâtiment ? Tantôt petit et joufflu comme un bambin. Tantôt en armure de guerrier et terrassant un dragon. Tantôt lumineux et flamboyant. Parfois veillant sur nous et nous soufflant de bonnes idées.

Les anges, avez-vous dit ? Il est vrai que nos aînés du Moyen-Âge auraient été moins surpris d’en croiser un au milieu d’un bois ou en levant les yeux au ciel, que de découvrir un de nos engins vrombissants, qu’il soit terrestre ou aérien. Dans une tendre naïveté, beaucoup pensaient même que le monde au-delà de la Lune était leur demeure. C’était eux qui faisaient bouger les sphères célestes faites d’éther, une autre matière que celle d’ici-bas et non soumise au changement. Ce rôle était du moins celui de certains anges appartenant à ce qu’ils appelaient une hiérarchie intermédiaire : celle dont les membres servent de messagers entre le monde de Dieu et le monde des hommes (le mot ange a d’ailleurs comme sens celui de messager). Car au-delà de ces sphères se trouvent la Divinité et la hiérarchie supérieure des Séraphins, des Chérubins et parfois des Trônes, qui là-haut chantent sans fin la gloire de l’Éternel. Et en-dessous, dans le monde sublunaire, la hiérarchie inférieure (des anges gardiens, archanges et principautés) s’occupe du monde des hommes : des personnes, des lieux saints, des pays, etc. Tout cela fait du beau monde ! Il faut s’imaginer le regard émerveillé de nos ancêtres vers ces créatures célestes.

Si l’on remonte encore dans le temps dans le monde antique, ou si l’on va vers des peuplades polythéistes, ce même monde supralunaire était le domaine des dieux (Zeus, Athéna, Apollon, etc). Mais la foi du petit peuple juif au Dieu unique a fini par se répandre très largement du fait du christianisme et du concours de la philosophie grecque qui avait cheminée dans le même sens. Les dieux païens ont disparu de l’horizon, sans pour autant dépeupler le ciel qui est désormais habité par les anges. Et ces derniers sont en nombre immense, incalculable.

Le deuxième millénaire avec la révolution cosmologique initiée par Copernic (1473-1543) et Galilée (1564-1642), qui ne s’est pas faite sans heurts, a mis un peu sans dessus dessous ces conceptions. Le monde supralunaire fait partie d’un espace homogène au nôtre, constitué de la même matière. Il n’est plus la demeure privilégiée des créatures d’en-haut. Alors, si elles ne sont plus là-haut, existent-elles vraiment ? Il est vrai que déchargés du soucis de s’occuper des immensités galactiques, ces anges-là (de la hiérarchie intermédiaire, si vous avez suivi) sont peut-être maintenant plus à leur aise pour répandre la lumière, la vie et l’amour dans le monde. Eux qui sont purement spirituels, et non un composé d’esprit et de matière comme nous, n’ont finalement que faire d’un si grand domaine (même s’ils ne sont pas en peine pour agir sur la matière). Il n’empêche que si l’on parle de ces créatures à l’homme moderne, il va souvent préférer y voir les forces obscures de l’inconscient ou les énergies occultes de la matière.

Chacun son droit. Quant à nous, vous aurez sûrement compris que si nous écrivons ces lignes, c’est que nous préférons considérer non pas simplement ce qu’il y a dans notre tête ou dans la nature, mais aussi lever les yeux vers ces étoiles pleines de vie et d’amour. Certains ont même imaginé que chaque ange était un reflet plus particulier d’une perfection divine : l’amour, la joie, la bienveillance, l’harmonie, l’humour… Ce qui d’ailleurs est déjà un peu le cas chez nous, si l’on y regarde bien, comme si nous avions chacun une affinité plus grande avec l’un ou l’autre de ces grands anges.

Pleines de vie et d’amour, avez-vous dit ? C’est là que la bât blesse. Car on constate une disharmonie dans ce chant céleste. On y entend des bruits de combats et de vociférations sans nom. Là, le diable et ses sbires entrent en scène d’une manière fracassante pour notre plus grand malheur. C’est la grande histoire. Celle que Tolkien a voulu décrire dans son univers du Seigneur des Anneaux, et Lewis par les Chroniques de Narnia (et ce d’après leurs dires). Celle où à l’origine ces créatures d’en-haut ont eu le choix de servir ou non le Dieu d’Amour. Celle où Lucifer, le plus grand des anges, a choisi les ténèbres. Celle où saint Michel, un petit archange, a choisi de servir l’Éternel et de combattre le Satan, tel David contre Goliath. Celle du drame qui commence dans ce monde céleste de myriades et de myriades d’anges, et qui se poursuit sur la Terre, parmi les hommes, où chacun prend sa part, jusqu’au jour où tout s’achèvera par la victoire de l’amour.

C’est un combat trop grand pour nous. L’homme antique cherchait tant bien que mal à vivre malgré ces puissances ténébreuses et en cherchant avec crainte l’aide des êtres de lumière. Mais un jour est arrivé un évènement inouï, une sorte de première révolution cosmologique encore plus fondamentale, qui a bouleversé les premiers chrétiens (la plume de saint Paul ou de saint Jean par exemple donne l’écho de cette stupeur) : Dieu lui-même, l’au-delà de tout, le Tout Puissant, plus grand que tous les anges, s’est fait l’un de nous en Jésus-Christ. Et par son nom et dans son Église nous n’avons plus à craindre ce monde d’en-haut qui lui obéit ou fuit devant sa face. Ce fut une libération et une immense lumière qui en a bouleversé plus d’un. Celui que tous les anges servent et adorent s’est fait petit enfant dans une Crèche, et vient habiter en nous, dans notre âme. Ces créatures angéliques autrefois lointaines, les voici maintenant qui descendent vers ce nouveau trône de Dieu sur la Terre pour y servir la Trinité et les hommes. Et ce Dieu fait homme a donné sa vie pour chacun de nous par amour. Mais alors, quelle dignité nous avons ! Et alors, les anges, qui jusque là servaient seulement pensait-on les sanctuaires, les pays ou certains envoyés de Dieu, ne servent-il pas aussi chacun de nous ? C’est de cette expérience que se sont développées progressivement les deux intuitions de l’ange gardien et de la dignité immense de chaque personne humaine ; des intuitions qui se sont ensuite répandues bien au-delà du christianisme.

Un ange gardien : pour nous guider, nous aider, préparer notre route, nous réconforter, nous insuffler de bonnes idées, nous apprendre à prier… Une amie à qui je parlais des anges, car c’est un peu ma passion, a demandé un matin à son ange de lui montrer s’il était bien là à veiller sur elle. Et ce jour-là, sur un muret où elle avait l’habitude de s’asseoir, elle a trouvé une rose rouge posée comme une délicate attention. Et quelques temps plus tard, certaine d’avoir perdu son porte-feuille sur son chemin du travail à vélo, elle le retrouve en rentrant sur son balcon du deuxième étage, inaccessible depuis l’extérieur. Alors, oserez-vous faire le même pari de savoir si vous avez un compagnon de route pour la grande histoire de la vie ?

Si l’envie vous prend de lire un peu sur les anges, vous pouvez bien sûr vous plonger dans les deux grands auteurs à ce sujet que sont le Pseudo-Denys l’Aéropagite (vers l’an 500) ou saint Thomas d’Aquin (~1225-1274) : une fois avalées les milliers de pages venues de leurs plumes sur la question, il se peut que vous ayez un peu mal à la tête. Pour les courageux, peut-être qu’un livre du père Bonino vous aidera à y entrer plus facilement. Vous pouvez aussi ouvrir la Bible où les anges sont présents un peu partout du début à la fin. Nous signalons notamment le livre de Tobie, très agréable à lire, qui, dans une intrigue digne de Walt Disney, met en scène l’archange Raphaël venu aider les familles de Tobie et de Sara pour guérir le père aveugle, les délivrer du méchant démon Asmodée, et préparer les noces des deux tourtereaux. Enfin, nous conseillons vivement le délicieux ouvrage de Gaële de la Brosse, Petite déclaration d’amour aux Anges nos compagnons de route, qui se lit admirablement bien (elle a dû être aidée par son ange…).

Henri

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