Sacramentalité et réalité

Dieu s’est fait homme pour que l’homme soit Dieu. La divinité s’est associée à l’humanité en Jésus-Christ pour nous manifester son amour, nous réconcilier avec elle et nous entraîner dans les mouvements éternels des échanges du Père, du Fils et de l’Esprit-Saint où tout n’est que vie, don, joie, félicité, union et fécondité.

Dieu, qui est présent à toute chose de tous les instants, est venu par son humanité à un moment donné de l’histoire pour faire de nous des fils adoptifs. Il a vécu, il est mort et il est ressuscité. Puis il est reparti, mais sans nous laisser seuls. Non seulement il nous a donné son Esprit-Saint, mais il nous a donné l’Église pour que nous trouvions en elle les moyens d’être rendus participants du grand mystère de son Incarnation, de sa Rédemption et de l’Assomption de la nature humaine en Dieu. Il nous l’a donnée pour que notre vie ne soit plus livrée à nous-même et à nos propres forces, mais pour que nous entrions dans la vie même de Dieu, dans les propres mouvements de sa vie intime.

La vie de l’Église, c’est le Christ qui s’approche de nous, qui nous transforme et nous confère l’adoption filiale. La vie de l’Église, c’est le Christ qui vit en nous pour nous entraîner dans l’Amour trinitaire.

Le Christ au cours de sa vie terrestre a été mis dans son humanité en présence de toutes les choses de tous les instants du commencement du monde jusqu’à son achèvement dans la gloire. Il a vu tout ce que nous vivons. Il s’est réjoui avec nous, il a souffert avec nous, il a souffert à cause de nous, il a été consolé par nous. Ce n’est pas que son humanité se soit affranchie des limites du temps et de l’espace. Mais c’est que sa divinité qui est présente à toute chose de tous les instants a présenté à son humanité toutes les choses de tous les instants jusqu’à l’achèvement du monde. Il a vécu cela tout au long de sa vie au travers des réalités de son quotidien. Et cela s’est condensé au cours de sa Passion, où, durant ces trois jours, toutes les choses de tous les instants jusqu’à l’achèvement du monde se sont présentées à Lui en reprenant tout ce qu’il avait vécu dans sa vie terrestre. C’est comme si, à ce moment, son humanité vivait pleinement cette réalité de sa divinité d’être présent à toute chose de tous les instants ; c’est ce qui sera pleinement réalisé dans le Christ Ressuscité au soir du troisième jour, et c’est ce qui se continue aujourd’hui et qui se continuera dans les siècles sans fin. Cela marque une différence colossale entre le Christ et nous ; une différence qui marque bien qu’il est Dieu : c’est que nous-même n’avons conscience que des choses de notre temps, même si, pour celles du passé, il nous en reste le souvenir. Le Christ, lui, par sa divinité, est présent à toute chose de tous les instants, ce qu’il vit aussi par voie de conséquences dans son humanité, même s’il ne souffre plus aujourd’hui de nos péchés dans son humanité qui est soumise au temps et s’est donc accomplie dans la gloire.

C’est pour cela qu’à la messe, nous sommes vraiment en présence du Christ dans sa Passion et sa Résurrection. Non pas que cet évènement passé se vive encore aujourd’hui, mais parce que dans cet évènement du passé, le Christ, par sa divinité mais aussi dans son humanité, a vu ce qui se faisait aujourd’hui. Nous pouvons donc le consoler, le réconforter, nous unir à lui, l’aimer. Nous sommes au pied de la Croix, car de la Croix il nous a vus. Nous sommes en présence du Ressuscité au matin de Pâques, car ce jour-là il nous a vus. Nous sommes en présence du Christ dans la gloire de tous les siècles, car il nous voit pour toujours. Le Christ dans l’Hostie, c’est Lui, c’est Dieu, c’est le Dieu de toujours. Sa conscience est la conscience de Dieu, même s’il le vit aussi dans son humanité. Il y a de quoi être submergé par cette vie divine qui fait irruption au cœur de nos vies et qui se donne à nous dans son humanité comme se donnerait un enfant. Face à cela, même la Croix devient légère. Même la souffrance de la Croix, qui un jour ou certains jours peut nous submerger par son horreur, ne peut contenir ce bouillonnement de vie qui nous saisit un jour, certains jours ou pour toujours.

La messe, c’est cela. C’est ce contact avec Jésus, dans sa souffrance, dans sa résurrection et dans sa glorification. La messe nous entraîne dans ce mouvement. Elle nous communique les grâces de ce mouvement pour que nous en soyons participants. Le Christ par sa vie donnée nous donne d’être enfants de Dieu, de vivre de sa vie. Le sacrement de l’eucharistie, c’est le signe sacré et efficace pour être mis en présence de cette réalité qui est le sommet de toute réalité. L’Hostie, c’est Lui ! Tout sacrement est un signe sacré et efficace pour être mis en présence de cette réalité selon une certaine modalité. L’Église est elle-même un signe de cette réalité.

Toute notre vie est placée sous ce regard du Christ qui offre sa vie pour que nous vivions de la vie divine. Mais la grâce d’un sacrement, c’est de nous donner d’en être rendus participants, d’être entraînés dans ce mouvement qui nous dépasse pour en vivre, et pour que nous devenions à notre tour signe de cette réalité.

Car voilà bien le but : le Christ veut nous faire vivre de sa vie et il veut que nous la transmettions à notre tour. Par le sacrement du baptême, nous devenons enfants de Dieu et nous devenons avec les autres baptisés membres de l’Église qui est sacrement du Christ. La confirmation nous donne l’Esprit-Saint, et si nous vivons en état de grâce nous devenons avec nos communautés chrétiennes sacrement du Christ pour ceux qui nous entourent. Et si l’on choisit la voie de la profession religieuse, devenant alors un signe particulier de la communauté chrétienne, l’on devient alors soi-même un signe de la présence vivante et efficace du Christ au milieu de son peuple. Le sacrement de l’ordre donne à celui qui le reçoit la possibilité d’être lui-même sacrement du Christ car il est alors le signe efficace de la présence vivante du Christ au milieu de son peuple. Mais cela n’est vraiment efficace que s’il vit dans l’état de ministre ordonné et non s’il le quitte ou le cache pour l’ordre profane. Par son agir de ministre ordonné quel qu’il soit, c’est le Christ qui se donne. Que le ministre ordonné soit d’ailleurs en état de grâce ou non. Le sacrement des malades, si nous vivons en état de grâce, nous rend par nos souffrances un signe visible et efficace du Christ en Croix ; ceux qui nous rencontrent dans notre état de souffrance, c’est le Christ qu’ils rencontrent. Le sacrement du mariage est aussi un signe de l’union du Christ et de l’Église et de l’amour de Dieu en lui-même ; et si nous vivons de ce sacrement, c’est-à-dire si nous sommes en état de grâce, il est efficace pour rendre présent le Christ à ceux qui viennent dans notre maison. En les accueillant, c’est efficacement le Christ qui les accueille, qui les soigne, qui les console, qui se réjouit avec eux. Et l’union des époux est efficacement l’irruption du Christ dans la vie du monde.

La pénitence, qui nous fait bénéficier de la réconciliation avec Dieu, sans nous établir directement dans un état de signe efficace pour les autres, nous permet d’être restaurer dans notre capacité à donner le Christ à ceux qui nous entourent, à leur témoigner de ce Christ qui se rend présent de mille manières.

Comprenons bien que c’est le Christ qui veut se rendre présent à chacun pour donner ses grâces. Et il s’est lié dans sa Providence à mille moyens pour se donner : il a voulu se servir de réalités et de personnes comme d’instruments pour cela. Il y a pour cela les sept sacrements de l’Église. Mais ces sept sacrements donnent au réel de nos vies de devenir sacrements de ce don du Christ aux hommes. Non pas que Dieu ait choisi d’autres réalités matérielles pour être sacrements que ceux des sept sacrements, mais parce que Dieu a choisi des personnes pour être en tant que personnes ou communautés de personnes, sacrements de sa Nouvelle Alliance. Les sacrements de l’Église nous donnent par leur grâce sacramentelle d’être des sacrements de par notre état de vie. Cette sacramentalité des états de vie se nourrit des sept sacrements, mais elle s’inscrit davantage dans la durée, elle englobe tout ce que nous sommes pour que nous soyons par nos vies signes pour le monde de notre Seigneur. Mais il faut pour que nous soyons signe que la parole du témoignage de cet état de vie accompagne celui-ci. Une vie orientée par un état de vie chrétien réalise ce qu’elle signifie : c’est-à-dire le salut accordé en Jésus-Christ, le Royaume qui advient dans les cœurs. C’est un signe qui est par choix divin efficace en lui-même au-delà de nos propres mérites. L’Église, toute communauté chrétienne, les religieux, les prêtres, les époux chrétiens, les malades chrétiens : voilà autant de signes qui apportent efficacement le Christ a ceux qui sont mis en leur présence. Toutes nos réalités prennent alors une signification pour le salut et la gloire du monde dans une vaste liturgie eucharistique ayant la Croix et le Ressuscité en leur centre. En vivant la vie chrétienne, nous signifions le Christ et le conduisons à déverser ses grâces sur le monde. Mais pour cela, il faut vivre de la vie chrétienne, et donc des sacrements.

C’est là un moyen pour Dieu pour déverser ses grâces sur le monde. Mais pour qu’il y ait des grâces à déverser, il faut aller les puiser à la Croix pour remplir le réservoir des grâces accessibles pour notre monde. Une chose est d’aller puiser les grâces, une autre est de les déverser. Une chose est de semer, une autre est de moissonner. On puise les grâces en vivant de foi, d’espérance et de charité. C’est par les vertus théologales que le réservoir se remplit. Toute mission chrétienne demande donc d’abord de vivre intensément autour du Christ Crucifié et Ressuscité, en s’abandonnant par l’Esprit-Saint et avec confiance à l’amour du Père. Et alors notre engagement chrétien pourra porter du fruit pour le monde, non pas par son efficacité propre, mais parce qu’il sera le déclencheur de l’ouverture des canaux de la grâce sur le monde, car Dieu s’est lié à ce qu’ils signifient pour transformer nos réalités.

Le Christ à la Cène nous regarde. Le Christ à Gethsémani nous regarde. Le Christ du haut de la Croix nous regarde. Le Ressuscité nous regarde. C’est un regard d’amour. Et il se donne à nous. Alors vivons de sa vie et consolons son cœur en répondant amour pour amour. Et offrons nos vies pour son service dans des œuvres d’agréables odeurs afin qu’ils puissent déverser ses grâces sur la monde. Car la coupe est pleine et il n’y a qu’à venir y puiser par une vie donnée pour transfigurer le monde.

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