Le Don et la Vie

Gn 1, 27 : « Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, homme et femme il les créa. »

La réalité sexuée est au cœur de notre humanité. Nous sommes homme ou nous sommes femme. Mais qu’est-ce que cela veut dire ? Qu’est-ce que cela veut dire profondément ?

Si l’on regarde les organes sexuelles, les différences sont notables. Et l’on s’aperçoit que ceux de la femme apparaissent principalement ordonnés à l’accueil de la vie, à permettre la croissance d’une vie. Et l’on s’aperçoit que ceux de l’homme apparaissent principalement ordonnés au don de la semence fertile. Et l’on découvre que la femme va avoir un regard davantage tourné vers la Vie, et l’homme vers le Don.

Il s’agit ici du don dans toute sa signification, aussi bien du don reçu, que du don intégré dans sa personnalité, que du don donné à l’autre, et de toute la joie qui vient de cette circulation du don. C’est le don du cœur qui aime dans des relations réciproques.

Il s’agit ici de la vie aussi bien dans son déploiement, que dans ses fondations qui permettent ce déploiement, que dans son achèvement du fruit arrivé, que dans le repos qui accompagne ces mouvements et qui donne une plénitude. C’est l’arbre de la vie qui donne des fruits de bel amour.

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Des diverses analogies

L’analogie est un procédé au cœur de la philosophie, au cœur de la métaphysique. C’est elle qui permet d’entrer dans le mystère des choses de ce monde, d’en découvrir les beautés et les diversités. Perdre l’analogie, c’est tomber dans l’univocité où tout est pareil, ou dans l’équivocité où tout est différent et où il n’y a plus de liens entre les choses. C’est aussi perdre la compréhension du monde de Dieu à partir des choses de ce monde.

On constate aisément qu’il existe plusieurs domaines d’application de l’analogie. Elle est utilisée dans le rapport entre la substance et les accidents. Elle est utilisée entre les substances du monde sensible, homme compris. Elle est utilisée entre les substances spirituelles. Elle est utilisée pour comparée le monde matériel et le monde spirituel. Elle est utilisée au sein du monde matériel. Et elle est utilisée au sein du monde spirituel. Pour bien comprendre l’analogie, il convient de bien comprendre ses diverses utilisations, car elle-même est analogique. Il n’y a pas une seule analogie, mais plusieurs.

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De la participation

Illustration de l’allégorie de la caverne de Platon

Platon prétendait que les êtres participaient des Idées éternelles. Un être est beau car il participe de l’idée du Beau. Cette Beauté est plus grande que lui, l’enveloppe de toute part. Dieu aurait créé le monde en contemplant l’idée du Monde. Et l’on voit apparaître le monde des Idées, un monde immense qui dépasse le monde sensible, un monde dans lequel nos esprits sont plongés et où ils contemplent les perfections éternelles. C’est là le monde réel, loin de l’illusion du monde sensible.

Aristote a beaucoup critiqué ce monde des Idées. Il trouvait que la participation platonicienne n’était pas expliquée, que c’était de la poésie. Pour lui, nos idées sont dans nos esprits, ce sont nos concepts que nous abstrayons en regardant le monde sensible. Il a repris le fait qu’elles dépassaient le monde matériel, mais il ne les a pas situées en dehors de nous-même.

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Des animaux et des hommes

On dit généralement que l’animal a une conscience animale où il fait ses choix pour chercher les plaisirs et fuir les peines. C’est ce que l’on appelle son estimative qui est un sens interne et qui s’explique uniquement par les lois de la matière, sans aucune idée de spiritualité ni de libre-arbitre. Cependant, l’on constate qu’une certaine harmonie supérieure s’installe au sein de la nature dans des écosystèmes élaborés ; cela est déjà vrai au niveau de chaque espèce animale, mais cela est vrai de manière plus vaste entre les multiples animaux, végétaux et minéraux. Les animaux ne sont-ils donc guidés que par leur propre instinct les portant au plaisir ? Ou y a-t-il une force supérieure de la nature qui orienterait leur agir vers un déploiement de vie plus vaste ?

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Les trois unités

Il nous arrive parfois d’entendre que, quand quelque chose ne va pas, il n’y a pas de juste milieu possible, car celui-ci ne ferait qu’aggraver la situation. Par exemple, agir dans la haute finance alors que celle-ci détruit le monde en cherchant seulement un équilibre pour minimiser les effets pervers ne pourrait rien apporter de bon ; la seule solution possible serait de partir ou de réformer les choses en profondeur. Pourtant la vie vertueuse se définit comme une médiété entre des extrêmes, et semble laisser entrevoir la possibilité d’une action plus modérée. Qu’en est-il vraiment ? Il y a derrière cette question de nombreux cas de conscience que nous traversons tous si nous avons un tant soit peu soif d’idéal, soif d’un monde meilleur, d’un monde juste et équitable.

Regardons Jésus. Une foule immense l’acclame aux Rameaux. C’est un moment de grande unité et il en est le Roi. Mais chez ceux qui l’acclament, tout n’est pas rose. Certains cherchent la puissance ou l’intérêt. Certains ne font cela que pour mieux le tuer ensuite. Un des douze apôtres est même sur le point de le livrer. La situation met en péril la paix avec Rome. Elle semble même courir le risque de nous éloigner de la simplicité de l’Évangile. Il y a de nombreux pécheurs, de nombreuses illusions, de nombreux cœurs partagés. On a l’impression d’une fausse unité, d’une fausse paix, d’une situation où tout ne tourne pas rond. Et pourtant, Jésus se laisse faire, il est même acteur, car il sait qu’au-delà de tout cet ivraie, le bon grain est semé. Il est le Roi du Ciel et de la Terre, et ce moment devait arriver pour le manifester.

Mais vient ensuite la Passion où il quitte tout prestige, où il se dépouille jusqu’à subir une mort infâme. Il aurait pu prolonger la fête et entrer dans un messianisme terrestre, mais cela aurait été succomber au Père du mensonge. Au contraire, il a fait sa Pâques, laissant derrière lui les menteurs et les hypocrites, pour refaire l’humanité en profondeur et aller jusqu’au matin de la Résurrection. Et c’est là que se trouve son vrai règne, sa vraie unité.

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Connaître Dieu

« La vie éternelle, c’est qu’il te connaisse, toi le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ. » (Jn 17, 3).

Telle est notre perspective : connaître Dieu ! Et vivre de la béatitude qui en découle. C’est une promesse d’avenir pour le moins réjouissante.

Pour pouvoir le connaître, Dieu nous a créés à son image : nous sommes des personnes. Nous sommes chacun une « substance individuelle de nature rationnelle », selon la définition de la personne de Boèce (480-524). « Persona est naturae rationabilis individua substantia ». Et c’est cette rationalité qui nous permet de connaître Dieu.

Cependant, une confusion est ici possible, car le mot de « rationabilis » a plusieurs sens. Selon le dictionnaire Gaffiot (éd. 2001) il veut dire : « raisonnable, doué de raison » pour le latin postclassique du Haut-Empire (Ier-IIIe siècle ap. J.-C.), et « spirituel, mystique » pour le latin tardif du Bas-Empire (IV-Ve siècle av. J.-C.).

On peut penser que Boèce, décédé en 524, ait plutôt utilisé ce terme selon cette dernière connotation spirituelle dans la définition citée plus haut. Mais ce n’est pas ce sens spirituel qui a souvent prévalu, en particulier en Occident, où la « rationabilis » s’est trouvée liée au concept, à l’idée, à la logique, voire même à la loi.

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Nos amis les anges

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Avant de commencer notre propos, prenons le temps de nous arrêter quelques instants pour considérer la multitude d’anges qui sont là autour de nous. Ils partagent notre vie. Ils se rendent présents à nous. Ils nous aident à entrer en présence de Dieu. Ils nous éclairent, nous illuminent. Ils nous réconfortent et nous soutiennent. Ils nous aident à avancer, et à être heureux. Si nous prêtons l’oreille, c’est un chant d’amour joyeux et majestueux tout à la gloire de Dieu.

Considérons l’ange gardien plus particulier qui a été mis à notre côté pour toute notre vie. Il est là pour nous. Il nous connaît depuis toujours. Il veille sur nous. Il a été là dans nos moments de joies et dans nos moments de peines. Il nous parle chaque jour.

Confions-nous à eux, et demandons-leur de nous aider à mieux les connaître.

Notre allons chercher ici à présenter une histoire de notre perception des anges, puis à regarder qui ils sont, ensuite à voir leur organisation en hiérarchie, pour enfin nous intéresser à toute la communauté céleste. Nous donnons à la fin une liste des ouvrages qui ont permis cette synthèse. À ces références s’ajoutent dans notre propos divers éléments glanés au fil des rencontres et des échanges.

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Très-humanisme et spiritualité

Le ciel et la Terre – Le livre des œuvres divines
de sainte Hildegarde de Bingen

Notre époque nous conduit non seulement à chercher à être humain, mais aussi à être très humain.

D’immenses courants nous entraînent vers un individualisme où l’on se replie sur soi, ou vers un utilitarisme où l’on use de l’autre ou de la création pour son propre intérêt. Nous nous retrouvons loin des beautés de la nature, loin de la splendeur des rencontres, au profit d’un monde de plus en plus virtuel et auto-référencé. La technique nous offre de quoi transformer la matière humaine dans une direction qui paraît hors de contrôle. L’opposition entre un idéal porté par un grand nombre et la réalité où l’on évolue est grande. Des conflits latents ne demandent qu’à surgir et à nous entraîner dans des abîmes sans nom. La finance règne. Le profit fait sa loi. La technique s’immisce partout.

Pourtant, il y a des courants de vie qui nous portent à bâtir un monde meilleur, un monde où l’amour est le sel et le ferment de l’existence. Et l’on s’oriente vers des œuvres sociales et solidaires. L’on fait le choix de la joyeuse sobriété. L’on cherche à concilier l’économie, l’écologie et l’humain. L’on agit pour une économie au service de la communion, de la commune unité où tous et chacun, en particulier les plus pauvres, peuvent se réaliser dans le respect de leur dignité. L’on espère que ces efforts ne seront pas vains, et qu’adviendra une authentique civilisation d’amour.

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La douzième passion

Qui a étudié Aristote sait que pour lui, et beaucoup à sa suite, le désir s’efface dans le bien possédé. Il n’y a pas ou plus de désir quand l’on est en possession d’un objet aimé. Le désir est selon lui lié à de la souffrance, car il voit le désir comme un manque. C’était aussi la position de Platon. Et le désir n’existe plus dans le bonheur.

C’est une vision surprenante qui semble rejoindre les partisans de l’extinction du désir, et tous ceux qui cherchent à faire disparaître leur désir pour faire disparaître la souffrance.

Pourtant, notre expérience de vacances réussies, de moments intenses en joie et en amour, ont suscité en nous une forte émotion qui nous pousse à désirer davantage, à chercher davantage à prolonger la vie et le bonheur. Le bien possédé, loin de faire disparaître le désir, semble au contraire le susciter pour nous porter encore plus loin dans la joie, dans l’amour, dans le don.

Qu’en est-il ? Le désir s’efface-t-il dans le bonheur, ou au contraire se prolonge-t-il, voire même croît-il, pour nous porter encore plus loin ?

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Le très-humanisme mystique

« Très » veut dire « beaucoup » et « au-delà de ». Il s’agit, pour le très-humanisme, de servir beaucoup l’homme et au-delà de l’homme.

Le titre de la vidéo ci-dessous ne veut pas dire qu’il s’agit d’une nouvelle idéologie prétendant sauver le monde. Mais il veut dire que le très-humanisme est une posture existentielle nous permettant d’entrer dans le mystère de la vie, en la respectant, et en accueillant le salut qui vient d’au-delà de nous, et ultimement de Dieu. On le qualifie donc de mystique.

Les deux principes fondamentaux du très-humanisme :

  • Respecter la dignité inaliénable de chaque personne humaine.
  • Servir ensemble le mystère de la vie et de l’amour qui nous dépasse.

Pour aller plus loin, vous pouvez regarder les articles suivants :