
Le 2 février 2026, la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X a annoncé la consécration épiscopale de nouveaux évêques le 1er juillet prochain, en passant outre l’accord du Saint-Siège, justifiant cette « mesure d’exception » à cause « d’un état de nécessité » pour le bien des âmes.
Certains essayent de défendre leur position, d’autres parlent déjà d’un schisme consommé.
Nous développons ici quelques réflexions quant à ce genre de discernement, dont voici le résumé en pdf :
En avant-propos, je voudrais rappeler ce que Simone Weil (la philosophe avec un W, et non la politicienne avec un V, pour ceux qui ne feraient pas la différence) dit dans son livre intitulé L’enracinement au sujet de la liberté d’expression.
Quand elle est personnelle et en dehors de l’action, la liberté d’opinion doit être totale, car c’est un besoin de l’intelligence : « quand l’intelligence est mal à l’aise, l’âme entière est malade ».
Mais dès que l’on commence à s’associer avec d’autres pour propager et imposer ses idées, et encore plus quand l’on entre dans le champ de l’action qui en découle, la prudence doit être très grande, et l’autorité légitime est en droit de limiter cette liberté.
Si j’écris aujourd’hui, c’est pour suggérer une voie de sagesse, une autre alternative qui mette chacun des protagonistes devant ses responsabilités. Je vais prendre le temps de poser un peu le décor avant d’exprimer mon idée jusqu’au bout.
J’adresse donc cette lettre ouverte aux responsables de la Fraternité Saint Pie X et à ceux qui les soutiennent. Simplement comme quelqu’un qui partage ses intuitions, sans ambition aucune qu’elles soient accueillies, ni même qu’elles leur parviennent, et sans avoir de choix pratiques à faire dans la situation présente.
Et je comprends la douleur de ceux qui ont des choix à poser devant Dieu et en conscience. Cela n’est jamais simple.
Ajouter ma voix au chapitre est peut-être inopportun. Je ne suis qu’un simple laïc, aimant la théologie et l’Église, et je me contente ordinairement de la messe selon le missel de Paul VI, tout en ne voyant aucun problème à me rendre exceptionnellement dans des messes selon le missel de saint Pie V. Mais plusieurs raisons font que la situation ne me laisse pas indifférent
En effet, cette actualité nous ramène 38 ans en arrière, quand Mgr Lefebvre a posé un même choix. Mon père était alors étudiant en théologie à Fribourg : il a assisté à la messe où cet évêque a annoncé la réforme liturgique, et il a discuté plusieurs fois avec ce prélat quand il oscillait entre l’adhésion et le refus.
Mon grand-père était aussi ami du père Guérard des Lauriers qui a été un des principaux protagonistes de la révolte contre Rome et a sombré dans le sédévacantisme. Se connaissant de longue date, avec une passion commune pour les mathématiques et la théologie, ce dominicain et mon aïeul ont souvent correspondu. Voici ce que mon grand-père (tertiaire dominicain) lui a écrit le 23 février 1970, au moment où il a commencé à prendre position :
« Mon Révérend-Père et cher frère en Saint-Dominique, je compatis à votre souffrance, et je prie pour vous. Vous attendez que Dieu agisse ! Moi aussi. Il nous faut avant tout songer à ce qui arrivera après que Dieu aura purifié son Église (par le feu et le sang !).
Je pense que, pendant le court temps qui nous reste à vivre sur cette terre, il faut que nous fassions ce qui nous paraît possible pour préparer cet avenir, chacun suivant notre vocation, suivant les charismes que Dieu nous a départis. »
Ma famille ne les suivit pas ensuite dans leur refus d’obéir aux autorités ecclésiastiques, mais resta fidèle à la position romaine et adhéra au Concile et à la nouvelle messe, tout en déplorant les nombreux abus.
Tout cela pour dire que j’ai grandi avec l’écho de ces évènements, dans une Église où malgré la ferveur chez certains, le drame en cours semblait loin d’être fini. Nous avancions comme au milieu d’un champ de ruines. Comme d’autres de ma génération, j’ai répondu à l’appel du pape Jean-Paul II de donner ma vie pour qu’advienne une aurore pour l’Église, quel que soit le prix à payer.
Disons d’emblée que je n’ai personnellement pas grand-chose à redire au Concile Vatican II, et que j’en vois le travail admirable et les bons fruits.
Si ce n’est peut-être que, du fait de ma passion pour les anges, j’y trouve un léger déséquilibre qui est rarement relevé dans les débats.
J’ai compté. Et sauf erreur de ma part, les textes du Concile ne contiennent en tout et pour tout que :
- 5 fois le mots « ange », 2 fois le mot « messager » pour les désigner, et 1 fois le mot « milice céleste ».
- 5 fois le mot « démon », 1 fois le mot « diable » et 1 fois le mot « Satan ».
C’est excessivement peu, vu la longueur de tous ces textes.
Je précise, vu les temps qui courent, toujours travailler sans IA, par choix évangélique.
Vous trouverez ici les seuls extraits de tout le Concile qui en parlent :
Dans ces occurrences, les anges sont surtout nommés en lien avec la Vierge Marie à l’Annonciation, avec le Christ à la Parousie, ou pour évoquer l’origine de nos chants liturgiques. Mais quasiment jamais pour eux-mêmes. Et donc le Concile ne présente pas une foi structurée et ordonnée au sujet des Anges.
C’est dommage, car l’intention de Vatican II était de rédiger une synthèse ecclésiologique et de présenter la foi d’une manière compréhensible pour le monde d’aujourd’hui.
Or, pour saint Thomas d’Aquin (IIIa Pars, question 8, article 4), le Christ étant aussi la Tête de toutes les Principautés célestes, les Anges font partie de l’Église qui est le Corps du Christ.
http://docteurangelique.free.fr/bibliotheque/sommes/4sommetheologique3a.htm#_Toc128253947
Il est donc curieux de faire une synthèse ecclésiologique sans aborder en détail ceux qui sont les créatures de Dieu les plus nombreuses.
De plus, les Anges étant particulièrement présents dans nos liturgies, il est délicat de vouloir modifier entièrement nos missels, et maintenir un équilibre suffisant, sans avoir en vue ces protagonistes célestes.
Pour défendre les Pères du Concile, il faut dire que l’époque n’était pas propice pour parler des anges, à cause du matérialisme et du rationalisme triomphant ; et que beaucoup dans l’Église cherchaient un langage compréhensible pour les gens de l’époque.
À vrai dire, les enseignements sur les anges ont été en déclin durant toute la première moitié du XXème siècle. Et à partir de 1950 nous n’en parlions quasiment plus. Il faut aussi ajouter que Jean-Paul II et Benoît XVI s’en sont aperçus, et que le Catéchisme de l’Église Catholique paru en 1992 donne une plus grande place aux anges. Enfin, nous constatons depuis environ 5 ans un renouveau à ce sujet, encore modeste, mais bien réel et qui fait plaisir à voir. Heureusement.
Cependant, nous déplorons que pendant que l’Église n’en parlait plus, d’autres ne s’en sont pas privés, comme les sectes ainsi que les spiritualités orientales et New-Age. Car les anges et les démons sont partout à nos côtés. Ils nous accompagnent au quotidien dans notre quête de Dieu et dans nos choix, et parfois nous devons nous positionner radicalement face à eux. Le nombre de personnes qui se font avoir par des pratiques occultes ou ésotériques (Reiki, Ouija, etc) est grand, même au sein de l’Église. Ils se trouvent liés dans des combats qui les dépassent. Jésus nous a libérés du Diable, mais nous l’avons oublié… Ne pas en avoir parlé pendant si longtemps est un échec pastoral, au moins sur ce point-là.
« Car nous ne luttons pas contre des êtres de sang et de chair, mais contre les Dominateurs de ce monde de ténèbres, les Principautés, les Souverainetés, les esprits du mal qui sont dans les régions célestes. » Ep 6, 12
Pour revenir à notre sujet, la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X affirme :
« Ce n’est que dans l’Église de toujours et dans sa Tradition constante que nous trouvons la garantie d’être dans la Vérité, de continuer à la prêcher et à la servir. […]
« Dès lors, le refus d’obéissance n’est pas un caprice disciplinaire, mais une résistance proportionnée à un danger majeur pour la foi et pour le salut des âmes. »
« Dès lors, la question n’est pas seulement stratégique, elle est morale. Jusqu’où peut-on accepter des compromis institutionnels sans trahir la vérité ? »
https://fsspx.news/fr/news/la-maison-generale-la-fsspx-annonce-futurs-sacres-57009
https://fsspx.news/fr/news/le-pere-blignieres-demande-un-ordinariat-aux-cardinaux-56635
Elle accuse le magistère actuel de ne pas chercher la précision dogmatique et le salut des âmes, mais de se corrompre et de renier le Seigneur Jésus, en voulant agir par un soit-disant souci pastoral. Pour ce motif impérieux, elle revendique son droit d’agir en partie de son propre chef, en désobéissant à Rome.
Très bien, prenons cette question au sérieux.
Non pas celle de savoir s’il y a un danger majeur pour la foi et pour le salut des âmes aujourd’hui. Ni celle s’il y a trahison de la vérité. Ces jugements prudentiels sont importants, mais sont seconds par rapport au cœur du propos que nous cherchons à développer ici.
Prenons au sérieux la question suivante : Qui peut en conscience ne pas obéir à l’autorité romaine, comment et pour quel motif ?
Cette question mérite d’être posée jusqu’à son ultime retranchement. Et notre conscience catholique nous pousserait même à demander au Saint-Père une précision dogmatique scellée par son autorité pontificale, puisqu’il y a un débat dans l’Église.
Tout d’abord, que dit le dogme à ce sujet ?
Je conseille à ceux que ce genre de questions intéresse d’avoir toujours à portée de main l’ouvrage du Denzinger dont l’ambition est de recenser dans les actes des Conciles et les écrits des Souverains Pontifes ce qui a valeur dogmatique. Le voici par exemple en accès libre sur internet :
https://www.documentacatholicaomnia.eu/03d/1957-1957,_Denzinger,_Enchiridion_Symbolorum,_FR.pdf
Se référer à cet ouvrage évite de se contenter de l’avis et de l’analyse d’un tel ou d’une telle, mais d’aller voir à la source. Petite mise en garde, il faut veiller quand l’ouvrage recense des positions dites hérétiques à ne pas se méprendre en les croyant affirmées positivement.
J’ai recensé ici divers extraits qui concernent notre propos pour les courageux lecteurs :
Le texte magistériel le plus déployé sur ce sujet est celui de Vatican I, Pastor Aeternus en 1870 :
https://www.vatican.va/archive/hist_councils/i-vatican-council/index_fr.htm
Et la réponse que le Sacrée Congrégation pour la propagation de la foi a fait en 1873 à l’objection de Bismarck à ce texte conciliaire vaut la peine d’être lue. Elle se trouve dans le pdf ci-dessus du Denzinger, page 662, ou dans le pdf des extraits, page 23
Par ailleurs, si vous voulez lire un théologien de renom à ce sujet, je vous conseille l’œuvre de Charles Journet, notamment au Chapitre 5 :
http://docteurangelique.free.fr/bibliotheque/sommes/8supplementneohomisteeglise.htm
Voici quelques extraits de cet ouvrage :
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Les trois grands textes évangéliques
« Dans le grand texte de saint Matthieu, XVI, 13-20, Jésus répond à la confession de foi de Simon Pierre: « Et moi je te dis: Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes de l’Hadès ne prévaudront pas contre elle. Je te donnerai les clefs du Royaume des cieux; ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux, ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les cieux » (18-19). Pierre est le fondement sur lequel le Christ va bâtir son Église comme un édifice. Les portes de l’Hadès, c’est-à-dire les puissances de la mort ou plus certainement les puissances du mal, ne prévaudront pas contre elle. Il recevra le pouvoir des clefs pour ouvrir et fermer le Royaume.
Selon saint Luc, XXII,3 I-32, les apôtres seront soumis à une grande épreuve, mais le Seigneur prie pour Pierre, c’est à lui que reviendra la mission de confirmer ses frères: « Simon, Simon, voici que Satan vous a réclamés pour vous cribler comme le froment. Mais j’ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille point. Toi donc, quand tu seras revenu, affermis tes frères. » Il aura donc à affermir les apôtres eux-mêmes.
Le troisième texte, dans saint Jean, XXI, 15-17, est celui de l’apparition de Jésus au lac de Tibériade: « Après le repas, Jésus dit à Simon Pierre: Simon, fils de Jean, m’aimes-tu plus que ceux-ci? Il lui répondit: Oui, Seigneur, tu sais que je t’aime. Jésus lui dit: Pais mes agneaux. Il lui dit une deuxième fois Simon, fils de Jean, m’aimes-tu? Il lui répondit: Oui, Seigneur, tu sais que je t’aime. Jésus lui dit: Pais mes brebis. Il lui dit pour la troisième fois: Simon, fils de Jean, m’aimes-tu? Pierre fut peiné de ce qu’il lui demandait pour la troisième fois: M’aimes-tu? et il lui dit: Seigneur, tu sais tout, tu sais que je t’aime. Jésus lui dit: Pais mes brebis. »
Ce que l’Église catholique lit, depuis deux mille ans, dans ces textes, c’est que Jésus confère à Pierre une juridiction spirituelle souveraine, qui devra passer à ses successeurs, les pontifes romains.
[…]
La doctrine du concile du Vatican sur le primat de Pierre2 — Des paroles de Matthieu, XVI, 18-19, et de Jean, XXI, 15-17, il résulte que Pierre « a été constitué, par le Christ Seigneur, premier de tous les apôtres et chef visible de toute l’Église militante ». Ce que le Christ a établi pour le bien de l’Église, il le conservera jusqu’à la consommation du siècle; c’est donc « de par l’institution du Christ, et en droit divin, que Pierre aura perpétuellement des successeurs pour ce qui regarde son primat ».
Ce primat représente « la puissance juridictionnelle plénière et suprême sur l’Église universelle », qui loin d’éliminer la puissance juridictionnelle propre aux évêques, est faite, à la ressemblance de la puissance royale du Christ, pour la soutenir et la surélever.
Il a, entre autres fonctions, celle d’enseigner, de confirmer les frères dans la foi (Luc, XXII, 32), et s’il doit fonder la foi d’une Église infaillible, contre laquelle les portes de l’enfer ne sauraient prévaloir, il est clair qu’il doit pouvoir, en certaines circonstances, enseigner infailliblement, non certes pour apporter des révélations nouvelles, mais pour exposer fidèlement le dépôt, révélé une fois pour toutes par les apôtres. Les définitions du pontife romain, faites en vertu de sa suprême autorité apostolique, pour déclarer la doctrine de la foi et des moeurs qui doit être acceptée par l’Église universelle, sont irréformables, en raison de l’assistance du Christ à son vicaire, non en raison du consentement de l’Église, qui sans doute est toujours là, non pour les fonder, mais pour les accompagner. En ces circonstances solennelles seulement, on dira que le pape parle ex cathedra.
1. On a relevé les signes de déférence multipliés de Paul à l’égard de Pierre: « Le fait que dans Gal. I, 18 ; II, 9, II, 54, et dans I Cor. I, 12; III, 22 ; IX, 5 ; XV, 5, Pierre est nommé Céphas, n’est certes pas le moins significatif. F. M. BRAUN, Aspects nouveaux du problème de l’Église, 1942, p. 88.
2. Constitution De Ecclesia Christi, 18 juillet 1870.
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L’analyse qui ressort de tous ces textes (notamment dans les liens du Denzinger) est que le pape a le droit d’intervenir sur tous les sujets de l’Église et partout, pour suppléer à un manquement ou pour une quelconque raison, sans pouvoir être limité par un concile, par une autorité politique, par un supérieur ou par un inférieur. Il peut agir dans n’importe quel diocèse et prendre des mesures disciplinaires au sujet de tous les évêques, les prêtres et de tous les fidèles.
Les choix du Saint-Père restent faillibles, mais l’Esprit-Saint l’assiste, pour que cela ne finisse pas dans un drame insoluble.
Le seul point sur lequel il est infaillible, c’est quand il établit une doctrine en matière de foi ou de moral, et la scelle de son autorité pontificale comme devant être crue par tous les fidèles et pour toujours. Ces mentions doivent être explicites. L’infaillibilité ne porte pas sur le magistère ordinaire où il peut se tromper, ni sur les jugements prudentiels dans les choix où il convient de composer les principes moraux avec une réalité particulière.
Charles Journet évoque aussi le moment où saint Paul a repris vertement saint Pierre quand il se trompait : cf Galate 2, 11-21. Cela rejoint notre problématique.
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Une divergence passagère entre Pierre et Paul
Quelle attitude devait-on prendre à l’égard des rites juifs, après la mort du Christ? La difficulté naît de ce qu’on voit les mêmes apôtres, par exemple Paul et Pierre, d’une part enseigner que la Loi ancienne est périmée, d’autre part continuer çà et là de l’appliquer. Une double question se posait aux apôtres.
La première est dogmatique: à savoir que, depuis la mort du Christ, les cérémonies de la Loi ancienne ont perdu toute valeur salutaire. Sur ce point les apôtres sont unanimes.
La seconde question est prudentielle. Les rites de la Loi ancienne n’ont plus de valeur, mais Jésus les a pratiqués; on peut leur permettre de survivre pour un peu de temps, autant du moins qu’il n’y a pas à leur propos de malentendu et de scandale. L’attitude à prendre pourra varier suivant les circonstances. C’est sur ce plan prudentiel que Pierre, ayant péché par excès de condescendance à l’égard de convertis du judaïsme, est repris par Paul (Gal., II, II-14). Si Pierre pèche, ce n’est pas en observant les usages de la Loi ancienne: il le pouvait, étant Juif, c’est en scandalisant des chrétiens Gentils de peur de scandaliser des chrétiens Juifs. Paul a fait lui-même des concessions à la Loi ancienne, par exemple lors de la circoncision de Timothée. Mais, présentement, il est convaincu qu’une concession serait imprudente, funeste, et compromettrait l’oeuvre de la conversion des Gentils. Il ne conteste pas le pouvoir souverain de Pierre1, mais son comportement actuel.
A quel titre résiste-t-il à Pierre? C’est pour ce qui regarde le bon ordre de l’Église d’Antioche et le succès de la mission auprès des Gentils. Ce domaine relevait du pouvoir donné aux apôtres en tant qu’apôtres. A ce niveau, dit saint Thomas, Paul était l’égal de Pierre.
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Des papes qui se trompent et qui ont besoin d’être corrigés, cela est arrivé souvent dans l’histoire.
Par exemple, Jean XXII a prêché que les défunts n’accédaient à la vision béatifique qu’au Jugement Dernier. Son successeur Benoît XII s’empressa de corriger cela et de sceller un dogme à ce sujet.
Plus récemment, Paul VI avait commencé à utiliser l’adjectif « pécheresse » pour qualifier l’Église, du fait du péché de certains de ses membres. Le cardinal Charles Journet est allé le voir pour le corriger. Le pape s’est alors amendé, en se souvenant que l’Église est « sainte », comme nous le rappelle le Credo.
Sur un plan moral, tout le monde connaît l’histoire des papes Borgia et de leur amour du pouvoir et des femmes aux XVème siècle.
L’histoire de la pornocratie pontificale du Xème siècle est moins souvent relaté :
« La pornocratie pontificale désigne une période sombre de la papauté romaine de 904 à 963. Le terme vient de l’allemand « Römisches Hurenregiment », utilisé par les historiens du XVIIIe siècle, et qui signifie littéralement « gouvernement romain des courtisanes ».
Durant cette période, la papauté subit la forte influence de femmes débauchées appartenant aux familles des comtes de Tusculum, les familles des Théophylactes et des Crescentii. Ces grandes familles romaines font et défont les papes, plaçant souvent sur le siège épiscopal des laïcs incompétents. »
https://wikimonde.com/article/Pornocratie_pontificale
Tout cela n’est pas glorieux. Pas tellement plus que saint Pierre qui renie avec 9 apôtres, et Juda qui trahit. Il ne restera que saint Jean seul au pied de la Croix parmi les 12.
Nous recensons aussi plusieurs saints qui se sont opposés au Saint-Père : saint Athanase, sainte Brigitte de Suède, etc.
Jésus n’a-t-il pas dit à Pierre (Mt 16, 23) :
« Passe derrière moi, Satan ! Tu es pour moi une occasion de chute : tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. »
Heureusement que saint Jean n’a pas suivi Pierre dans son refus d’aller à la Croix !
Et le Seigneur Jésus a dit à saint Pierre (Jn 21, 18) :
« Amen, amen, je te le dis : quand tu étais jeune, tu mettais ta ceinture toi-même pour aller là où tu voulais ; quand tu seras vieux, tu étendras les mains, et c’est un autre qui te mettra ta ceinture, pour t’emmener là où tu ne voudrais pas aller. »
Alors, sous quel motif et de quelle manière un successeur de saint Paul ou de l’un des Apôtres peut-il s’opposer au successeur de saint Pierre ?
En fait, la question que je me pose, et que je vous pose, est de savoir qui sont aujourd’hui les successeurs de Paul et du Collège des 12. Ceux qui peuvent être dit « successeurs des Apôtres en tant qu’Apôtres ».
Je ne parle pas de tous les évêques, qui sont trop nombreux. Le dogme dit d’ailleurs qu’un Concile des évêques ne peut s’opposer au Saint-Père.
Je ne parle pas non plus des Cardinaux qui sont nommés par le pape pour l’assister dans son ministère de successeur de Pierre.
Non, je pose la question de savoir si de la même manière que l’évêque de Rome peut être considéré à juste titre comme successeur de saint Pierre, il existe d’autres évêchés en ce monde, dont les titulaires peuvent être considérés à juste titre comme les dignes successeurs des 12 Apôtres en tant qu’Apôtres.
De tels évêchés devraient avoir plusieurs caractéristiques précises :
- Remonter au temps apostolique de manière directe par l’un des Apôtres, ou indirecte en étant fondée par des disciples très proches de l’un des Apôtres.
- Avoir une dignité de Patriarcat ou de Primatie connue et reconnue de longue date, et être ainsi de manière visible une Église mère parmi les Églises.
- En trouver aussi bien en Orient qu’en Occident pour que les deux poumons de l’Église soient représentés de manière égale.
Quand je parle des chrétiens d’Orient, je parle bien de ceux qui sont catholiques, dans des rites orientaux, et qui reconnaissent donc la juridiction romaine. Je ne parle pas des orthodoxes qui se sont à l’heure présente trop écartés de cette théologie. Un point sur lequel ils peuvent bien sûr un jour évoluer.
Permettez-moi d’exposer maintenant les résultats de mon analyse des candidats à partir de ces critères et du peu de connaissance que j’ai.
En Orient, voici la liste des grands Patriarcats :
- Patriarcat arménien de Jérusalem : de toute évidence, cela se passe de commentaires.
- Patriarcat de Constantinople : c’est un grand Patriarcat sous le patronage de saint André.
- Patriarcat d’Antioche : il remonte à saint Pierre et à saint Luc.
- Patriarcat d’Alexandrie : une très ancienne métropole chrétienne, se réclamant de saint Marc.
- Patriarcat des Chaldéens : souvenons-nous de saint Thomas qui a évangélisé l’Asie.
Dans le monde latin, voici les grandes Primaties :
- Primatie d’Italie à Rome : fondée par saint Pierre et saint Paul.
- Primatie des Gaules à Lyon : fondée par des disciples de saint Jean dans ce pays que l’on appelle la Fille Aîné de l’Église.
- Primatie des Espagnes à Tolède : à cause de saint Jacques le Majeur.
- Primatie d’Afrique à Carthage : à cause de saint Matthieu.
- Patriarcat Latin de Jérusalem : création tardive en 1099, mais sur l’emplacement des Lieux Saints et donc des origines du christianisme.
Notons qu’il existe d’autres Patriarcats ou Primaties qui ne remplissent pas tous les critères, notamment celui de l’ancienneté apostolique.
Sans surprise, ces Patriarcats et Primaties se trouvent installés tout autour de la Méditerranée : lieu de circulation de l’Empire Romain, où les Apôtres comme saint Paul ont amplement voyagé. Et deux Patriarcats se trouvent à Jérusalem, le seul lieu finalement où peut être scellé l’unité du monde oriental et occidental, sur la Croix de Jésus, où fut écrit en hébreu, en grec et en latin : « Jésus le Nazoréen, Roi des Juifs ».
Cela fait au total 9 villes en plus de Rome, pour 10 successeurs des Apôtres. Je ne suis pas arrivé au chiffre 12. Mais cela fait 7 villes en plus de Jérusalem et de Rome. Elles ressemblent un peu aux Sept Églises de Dieu dont nous a parlé saint Jean dans l’Apocalypse. Elles aident au gouvernement de l’Église. Et si l’on ne compte pas saint Matthias et saint Thomas qui ont une autre place particulière qui nous échappe encore, nous arrivons bien au bon chiffre de 10 successeurs des Apôtres en tant qu’Apôtres. Nous avons ceux qui étaient là lorsque Jésus Ressuscité est apparu la première fois (Jn 20, 19-25). Donc, à mon pauvre sens faillible, cela semble convenable pour le moment.
Comprenez-vous la question que j’essaye d’exprimer, et qui pourrait permettre une sortie honorable aussi bien pour le Saint-Siège que pour les responsables de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X ?
Celle de demander au Saint-Siège de clarifier la question suivante : Dans quelle mesure, un digne successeur des Apôtres en tant qu’Apôtres, peut-il s’opposer à une décision du successeur de Pierre, comme l’a fait saint Paul en son temps ?
Je prends donc la question exprimée plus haut dans son sens le plus restrictif.
Non pas celle d’affirmer que n’importe quel évêque pourrait s’arroger cette autorité, comme si son propre discernement avait plus de poids que celui du Saint-Père.
Non pas celle de penser qu’un Concile puisse se penser supérieur au pape.
Non pas celle d’envisager une fronde des Cardinaux s’insurgeant contre celui qu’ils ont promis de servir.
Ces trois postures semblent incompatibles avec le dogme, même s’il peut être bon que le Saint-Siège prenne le temps de réaffirmer tout cela de manière infaillible avec toujours plus de clarté.
Mais la question est de savoir si les affirmations suivantes sont justes :
Premièrement, certains Patriarches et Primats peuvent être tenus à juste titre comme les dignes successeurs du Collège des 12 Apôtres en tant qu’Apôtres, et ce de la même manière que l’on peut dire que l’évêque de Rome est le successeur de saint Pierre.
Deuxièmement, ceux-ci peuvent être identifiés de manière précise par des critères explicites, comme je l’ai fait plus haut.
Troisièmement, ces derniers ont le même privilège que saint Paul de s’opposer à saint Pierre pour une décision ecclésiale, dans la mesure où ils sont au moins en même nombre que les autres. Disons qu’il en faudrait au moins 5 parmi les 10 listés plus haut.
À mon sens, et pour avoir lu et relu la Tradition, il me semble que la question peut se poser. La réponse à défaut d’être certaine, n’a jamais été envisagée en ces termes. Du coup, les dogmes actuels restent ambigus. Cela demande donc une explicitation dogmatique, selon la règle de la continuité dans l’explicitation progressive des dogmes (cf la règle de saint Vincent de Lérins).
Je vous conseillerai donc d’aller poser cette question de manière précise au Saint-Père. Puis, si vous n’avez toujours pas l’accord du Saint-Siège pour vos ordinations, de prendre le temps de faire le tour des ces Églises disposées autour de la Méditerranée, pour tenter de convaincre les divers Patriarches et Primats en leur expliquant :
- Qu’il est légitime pour eux d’être considérés comme les dignes « successeurs des Apôtres en tant qu’Apôtres », selon les critères établis plus haut, et donc de pouvoir se considérer membres de ce qui représente aujourd’hui le Collège des 12 Apôtres qui ont la primauté parmi tous les évêques.
- Qu’il est légitime pour eux à ce titre d’user du même privilège que saint Paul envers saint Pierre, quand ils sont majoritaires dans le Collège, pour s’opposer à certaines de ces décisions qui paraissent inappropriées.
- Que vous affirmez cela dans la mesure où aucun dogme n’a encore été édicté quant à ces affirmations.
- Que vous avez expliqué cela à Rome pour qu’ils travaillent, selon le charisme pétrinien d’infaillibilité, en vue d’émettre un dogme en bonne et due forme, pour confirmer ou infirmer définitivement ces affirmations.
- Que vous pensez être sujet à un abus d’autorité sur la question précise qui vous anime, à savoir celle des ordinations, et que vous demandez leur soutien.
- Qu’une fois le tour des Églises effectuées, si vous avez le soutien de la majorité des dignes successeurs des Apôtres en tant qu’Apôtres, vous allez retourner voir l’autorité pontificale pour avoir une réponse dogmatique sur la question que vous leur avez posée quant à un veto possible de saint Paul envers saint Pierre, en la personne de la majorité ces Patriarches et Primats mentionnés.
- Que si le Saint-Père affirme dogmatiquement dans les formes canoniques qu’il n’y a pas de tel veto, vous vous plierez à la décision de ne pas vous arrogez vous-mêmes le droit de choisir en conscience sur le sujet qui est le vôtre, puisque même les dignes successeurs reconnus des 12 Apôtres en tant qu’Apôtres, qui ont une prééminence parmi les évêques, ne l’ont pas quand ils s’expriment en majorité.
- Que si, au contraire, le Saint-Père émet un dogme pour affirmer ce droit de veto de manière certaine et définitive, mais sans pour autant vous donner l’accord que vous attendez, vous demanderez aux dignes successeurs des 12 Apôtres en tant qu’Apôtres leur soutien sur ce sujet précis.
- Et que si le Saint-Père tarde à répondre, au-delà de ce qui est légitimement acceptable, vous considérerez que « qui ne dit mot consent ». Vous serez alors en droit de considérer qu’un tel veto existe bel et bien. Et dans ce cas, vous demanderez également le soutien de ces successeurs des Apôtres en tant qu’Apôtres, s’ils sont prêts à cela, car le salut des âmes et les exigences de la vérité en dépendent.
Une telle démarche aurait plusieurs avantages :
- Tout d’abord, de demander à Rome d’intervenir sur ce qui est sa première mission : une précision dogmatique.
- Ensuite, elle vous placerait dans une posture d’unité ecclésiale et de communion, en visitant ceux qui peuvent à juste titre être considérés de manière éminente comme le Collège des 12 Apôtres en tant qu’Apôtres aujourd’hui, disséminés dans les diverses Églises d’Orient et d’Occident. Vous seriez visiblement aux yeux de tous un digne fils de l’Église, et non son Juge. Et il est possible que vous en reveniez en ayant grandi en maturité et en sagesse, de manière insoupçonnée.
- Enfin, vous respecteriez entièrement l’autorité pontificale en la considérant plus grande que votre propre conscience, puisqu’il suffirait à cette autorité d’émettre un dogme sur le sujet précis que vous lui avez présenté, pour obtenir que vous vous pliez immédiatement à ses décisions.
De la Lettre aux Galates 2, 1-2 ;9-11 :
« Puis, au bout de quatorze ans, je suis de nouveau monté à Jérusalem ; j’étais avec Barnabé, et j’avais aussi emmené Tite. J’y montais à la suite d’une révélation, et j’y ai exposé l’Évangile que je proclame parmi les nations ; je l’ai exposé en privé, aux personnages les plus importants, car je ne voulais pas risquer de courir ou d’avoir couru pour rien. […] Ayant reconnu la grâce qui m’a été donnée, Jacques, Pierre et Jean, qui sont considérés comme les colonnes de l’Église, nous ont tendu la main, à moi et à Barnabé, en signe de communion, montrant par là que nous sommes, nous, envoyés aux nations, et eux, aux circoncis. Ils nous ont seulement demandé de nous souvenir des pauvres, ce que j’ai pris grand soin de faire. Mais quand Pierre est venu à Antioche, je me suis opposé à lui ouvertement, parce qu’il était dans son tort. »
Il serait dommage d’avoir couru pour rien, parce que nous n’avons pas su nous en remettre aux dignes successeurs des Apôtres. Et si Pierre nous étonne, eh bien allons voir Jacques, Jean, André, Matthieu, Philippe, Thomas, Barthélémy, Jacques fils d’Alphée, Simon et Jude, ainsi que Matthias.
Il se peut qu’ils puissent nous aider, comme saint Paul qui a si bien servi l’Église.
Ce n’est peut-être pas pour rien que le Saint-Siège est installé, dans la ville aux sept collines, non pas seulement sur le tombeau de l’Apôtre Pierre, mais aussi de l’Apôtre Paul, comme un rappel que celui-ci a le droit de participer au gouvernement de l’Église.
Comprenez bien que je n’ai aucun intérêt personnel dans l’affaire en question, ni l’ambition de mettre en œuvre une quelconque démarche quant à ce sujet qui est la prérogative des évêques et non pas du simple laïc que je suis. Un laïc peut au mieux choisir de quel évêque il veut dépendre, en déménageant par exemple, et non pas prétendre avoir raison sur une telle affaire. Mais le souci de la vérité, et d’aider peut-être à vous faire retarder l’échéance fatale du 1er juillet me pousse à écrire, car je crois que cela brisera une fois de plus ou de trop l’unité ecclésiale. Mon but est seulement de vous inviter à trouver un chemin de plus grande sagesse.
Je peux comprendre que Mgr Lefebvre ait fait des choix précipités à une époque où trop de scandales s’étalaient sous nos yeux : des chœurs d’Église saccagés au marteau-piqueur, des ornements jetés à la poubelle, des innovations liturgiques en tout genre, des prêtres qui défroquaient en nombre, des hérésies prêchées en chaire, etc, etc.
Je peux comprendre que Mgr Lefebvre ait fait un choix bancal, dans une situation imparfaite, et que le Seigneur se soit servi de cela. Tout contribue au bien de ceux qui aiment Dieu, même leurs erreurs et leurs bêtises. Qui peut se prévaloir pour soi-même ou sa communauté de choix toujours parfaits et sans erreurs ? Et pourtant Dieu passe à travers cela, du moins si nous lui demandons toujours de grandir en sagesse et en grâce.
Je crois donc que le Seigneur Dieu ne manquera pas de se servir de votre Fraternité Sacerdotale pour son Œuvre, à la condition que vous soyez animés par un amour sincère pour notre Seigneur Jésus-Christ.
Je peux comprendre que vous soyez peinés que le Saint-Siège se soucie trop peu d’une liturgie millénaire, et préfère souvent dialoguer avec les autres religions et confessions, ou avec les pouvoirs civils, plutôt que d’affermir ses frères évêques dans la foi.
Je peux comprendre que vous vous sentiez en droit de reproduire le choix fondateur de votre Fraternité. Mais je le désapprouve. Et je vous prie de prendre le temps de poser ce choix avec davantage de sagesse et de discernement, car votre Fraternité Sacerdotale n’en est plus au temps de la jeunesse, mais de la maturité.
Je pourrais continuer en listant tout ce qui est dérangeant dans l’Église d’aujourd’hui, ou tout ce que le Seigneur Jésus nous a dit dans sa Révélation sur la nécessité de veiller, tout ce que sa Sainte Mère nous a rappelé dans de nombreuses apparitions.
Mais vous savez cela sûrement mieux que moi, et ce serait inopportun de le redire ici.
J’en profite juste pour insérer ici un petit dossier qu’un ami vient de réaliser à sujet des annonces du temps de la fin. À défaut de tout prendre au pied de la lettre, cela montrera peut-être à certains ce que l’on peut trouver quand l’on cherche dans la veine prophétique de l’Église. C’est un immense travail que de savoir quoi faire de tout cela, ce qui est à garder, et comment l’interpréter. Peu de pasteurs de l’Église osent s’ateller à une telle tache, et préfèrent généralement ne point en parler :
https://sagessechretienne.fr/wp-content/uploads/2026/03/La-fin-des-temps.pdf
Je pense pour ma part que des clefs d’interprétations sont nécessaires pour bien comprendre. Par exemple que « guerre civile en France » correspond à « grandes tensions dans l’Église », « invasion russe » correspond à « sectes crypto-chrétiennes infiltrées dans l’Église », etc. Entre ce que le voyant a vu, et ce qui va se réaliser, il peut y avoir des différences.
Ce qui est sûr, c’est qu’il faut veiller et que l’Église aura des épreuves à vivre sur son chemin. Ce temps est d’ailleurs évoqué dans le Catéchisme de l’Église Catholique lui-même (paragraphe 675-677) :
https://www.vatican.va/archive/FRA0013/__P1R.HTM
L’Épreuve ultime de l’Église
675 Avant l’avènement du Christ, l’Église doit passer par une épreuve finale qui ébranlera la foi de nombreux croyants (cf. Lc 18, 8 ; Mt 24, 12). La persécution qui accompagne son pèlerinage sur la terre (cf. Lc 21, 12 ; Jn 15, 19-20) dévoilera le » mystère d’iniquité » sous la forme d’une imposture religieuse apportant aux hommes une solution apparente à leurs problèmes au prix de l’apostasie de la vérité. L’imposture religieuse suprême est celle de l’Anti-Christ, c’est-à-dire celle d’un pseudo-messianisme où l’homme se glorifie lui-même à la place de Dieu et de son Messie venu dans la chair (cf. 2 Th 2, 4-12 ; 1 Th 5, 2-3 ; 2 Jn 7 ; 1 Jn 2, 18. 22).
676 Cette imposture antichristique se dessine déjà dans le monde chaque fois que l’on prétend accomplir dans l’histoire l’espérance messianique qui ne peut s’achever qu’au-delà d’elle à travers le jugement eschatologique : même sous sa forme mitigée, l’Église a rejeté cette falsification du Royaume à venir sous le nom de millénarisme (cf. DS 3839), surtout sous la forme politique d’un messianisme sécularisé, » intrinsèquement perverse » (cf. Pie XI, enc. » Divini Redemptoris » condamnant le » faux mysticisme » de cette » contrefaçon de la rédemption des humbles » ; GS 20-21).
677 L’Église n’entrera dans la gloire du Royaume qu’à travers cette ultime Pâque où elle suivra son Seigneur dans sa mort et sa Résurrection (cf. Ap 19, 1-9). Le Royaume ne s’accomplira donc pas par un triomphe historique de l’Église (cf. Ap 13, 8) selon un progrès ascendant mais par une victoire de Dieu sur le déchaînement ultime du mal (cf. Ap 20, 7-10) qui fera descendre du Ciel son Épouse (cf. Ap 21, 2-4). Le triomphe de Dieu sur la révolte du mal prendra la forme du Jugement dernier (cf. Ap 20, 12) après l’ultime ébranlement cosmique de ce monde qui passe (cf. 2 P 3, 12-13).
Cela nous invite à veiller.
Mais je tiens à signaler qu’il ne nous revient pas de juger ultimement de la vérité sur tout cela : ni sur le sens exact des prophéties, ni sur l’état actuel de l’Église. Cela revient à Dieu. Nous pouvons simplement avancer humblement en lui demandant dans sa sagesse de nous indiquer les lieux d’obéissance qui existent toujours pour ne pas placer notre propre jugement au-dessus des autorités qu’il a lui-même instituées. Et il faut craindre de nous placer au-dessus du Jugement de Dieu.
Errare humanum est, persevare diabolicum.
Et souvenons-nous toujours que même le roi de Ninive s’est converti suite à la prédiction du prophète Jonas. Cela devrait nous faire espérer la conversion possible de toutes les autorités qui puissent exister en ce monde.
C’était l’ambition de cette lettre ouverte que de trouver un chemin honorable pour vous aider à concilier le dilemme qui est le vôtre et la nécessité d’obéir. Je laisse cela à votre discernement, dans le dilemme qui est le vôtre.
J’imagine que faire le tour de la Méditerrannée et espérer convaincre les personnes concernées prendra au minimum 6 mois, voire plus longtemps, même pour des personnes aussi militantes que vous. Sauf bien sûr s’il arrive de l’imprévu ou de l’inattendu. Et il vous faudra probablement des arguments chocs pour convaincre les Patriarches et Primats. Cela ressemble à une mission impossible. Mais si Dieu est avec vous, les portes s’ouvriront.
Par ailleurs, on ne peut pas espérer un temps plus court pour avoir une réponse dogmatique de Rome sur la question évoquée. Même si vous êtes visiblement déjà en dialogue avec le Saint-Siège, ce serait présomptueux.
Et quelle que soit l’issue de cette démarche, elle vous conduira à vous en remettre finalement au Jugement de Dieu, et non à votre propre jugement.
Je vous invite donc à une sorte de chemin ou de « synode » en faisant le tour des Églises, si vous m’autorisez à utiliser ce vocable.
À ce sujet, comme vous vous en doutez probablement, je n’ai jamais eu de grande sympathie pour le processus synodal initié par le pape François, le considérant beaucoup trop calqué sur les logiques mondaines de nos entreprises. J’avais cependant fait l’effort de me rendre à ma paroisse pour les premières rencontres.
Synode, dans ma culture biblique, cela m’évoque la Pâque, la sortie d’Égypte, le chemin par le désert vers la Terre Promise. C’est la Pâque du Seigneur ! Dieu est décidé à agir. Et j’entends alors résonner la voix du prophète Jean-Baptiste : « Préparez les chemins du Seigneur, rendez droits ses sentiers ». Un appel à la conversion, car les temps sont accomplis !
Bon, ce n’était pas exactement le programme de la rencontre paroissiale, mais les discussions étaient sympathiques. Les rapports successifs beaucoup moins. Même mon curé n’était pas satisfait du tout, et il n’était pas le seul prêtre dans ce cas-là.
Mais là où le Bon Dieu a de l’humour, c’est que me rendant un jour en Suisse pour un évènement dans un covoiturage de quatre personnes que je connais depuis longtemps, l’une d’elle a sorti un dossier et nous a dit qu’elle veut profiter du voyage de 4h pour corriger ce document du Synode sur la Synodalité. Je m’attendais à un voyage fort plaisant, mais là je m’aperçois qu’il risque d’être très long. Sauf que la personne en question nous dit ensuite que ce rapport doit partir à Rome dans les jours qui suivent pour être remis directement au Saint-Père et que nous pouvions amplement apporter des corrections et des ajouts. Tout est devenu d’emblée beaucoup plus intéressant, comme une sorte de kairos.
Il faut préciser que nous en étions à la dernière phase de la consultation, celle qui est mondiale. À ce stade, comme beaucoup râlaient car les rapports se faisaient surtout l’écho des personnes de plus de 60 ans, et éventuellement des adolescents, le pape François avait pris l’initiative de demander un rapport exceptionnel et non prévu en questionnant les jeunes de France (18-35 ans). C’était ce rapport que la personne du covoiturage avait été chargée par un Jésuite de rédiger à partir de réponses à un questionnaire. En aparté, je me suis demandé pourquoi le Saint-Siège n’avait pas aussi demandé un rapport auprès des 36-60 ans, dont je suis, qui ont aussi droit à avoir voix au chapitre. Mais ce n’est pas le sujet.
Nous avons donc passé les 4h du trajet, avec l’équipe de littéraire, philosophe et quelque peu théologien que nous étions à apporter des corrections et des ajouts. Je ne peux pas dire que nous avons pu tout corriger, car c’était la personne en question qui gardait la main sur le dossier, mais nous avons quand même bien contribué. L’un de nous, philosophe de métier, a même eu son nom inscrit dans le rapport lui-même, car il a signalé avoir un parcours d’apologétique à proposer. Et la semaine qui suit, nous avons eu la photo du pape François le rapport à la main. Mon ami philosophe n’a pas été peu fier d’avoir été ainsi plébiscité au cours du Synode sur la Synodalité par tous les jeunes catholiques de France.
Pour ma part, cela m’a donné comme un verni de sympathie pour ce Synode, qui fut suffisant en tout cas pour que je m’y intéresse davantage, et que je fasse quelques recherches à ce sujet. J’ai retranscris le fruit de mon travail ici :
Aurtre anecdote. L’autre jour, me promenant dans les rues de Rome, observant à droite et à gauche, et contemplant les édifices, les Croix, les sigles et les symboles, j’ai parfois eu l’impression que l’Esprit qui régnait en divers lieux n’était pas celui de Iesus Hominum Salvator, mais plutôt celui de Invictus Helios Sol, cette Bête Infâme sortie tout droit de l’enfer et qui a corrompu pour sa perte l’Empire Romain dans son orgueil de domination du monde.
La Providence Divine est quand même étonnante de placer le digne successeur de Pierre en ce lieu où Sol Invictus reviendra sans cesse cherchant à s’emparer du précieux Anneau du Pêcheur. C’est pour lui une tentation permanente, car cet anneau est unique en son genre et permet d’étendre son pouvoir sur le monde entier. Il est évident que beaucoup de papes, tels des Frodon, des Sam ou des Bilbon, ont su mettre à l’écart cette tentation pour accomplir leur mission, posant l’humilité des enfants de Dieu là où l’orgueil des hommes a échoué. Il apparaît que d’autres comme Sméagol ou Gollum ont été animés par le vice et l’envie, mais n’ont pas usé outre mesure de la puissance de l’Anneau pour répandre le mal partout. Et il est certain que la Providence Divine ne permettra pas que Sauron s’empare de cet Anneau pour détruire l’Église. Telle est notre foi !
« Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et les portes de l’Enfer ne prévaudront pas contre elle. » Mt 16, 18
« À l’ange de l’Église qui est à Philadelphie, écris : Ainsi parle le Saint, le Vrai, celui qui détient la clé de David, celui qui ouvre – et nul ne fermera –, celui qui ferme – et nul ne peut ouvrir. Je connais ta conduite ; voici que j’ai mis devant toi une porte ouverte que nul ne peut fermer, car, sans avoir beaucoup de puissance, tu as gardé ma parole et tu n’as pas renié mon nom. » Ap 3, 7-8
« Ainsi, votre Père qui est aux cieux ne veut pas qu’un seul de ces petits soit perdu.
Si ton frère a commis un péché contre toi, va lui faire des reproches seul à seul. S’il t’écoute, tu as gagné ton frère. S’il ne t’écoute pas, prends en plus avec toi une ou deux personnes afin que toute l’affaire soit réglée sur la parole de deux ou trois témoins. S’il refuse de les écouter, dis-le à l’assemblée de l’Église ; s’il refuse encore d’écouter l’Église, considère-le comme un païen et un publicain.
Amen, je vous le dis : tout ce que vous aurez lié sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous aurez délié sur la terre sera délié dans le ciel. » Mt 18, 14-18
Nous savons que Pierre n’était pas à la Croix, il n’a pas assez veillé à Gethsémani. Et donc il est normal qu’il y ait dans le cours de l’histoire de l’Église une sorte de purification du ministère pétrinien, comparable à la quête de l’Anneau racontée par Tolkien, pour revenir au lieu du drame.
Je m’excuse de ces anecdotes et digressions, mais elles sont là pour exprimer pourquoi je pense réellement que nous sommes en droit de nous interroger quant au devenir du Saint-Siège. La Vierge Marie a dit à Mélanie à la Salette : « Rome perdra la foi et deviendra le siège de l’Antéchrist ».
Comprenez bien que rappeler cette prophétie reconnue ecclésialement n’est pas dans ma bouche une critique envers le successeur actuel de Pierre, mais une manière de rappeler que le Saint-Père doit veiller à ne pas donner des signes qui tenteraient à prouver qu’il a pris le chemin d’une destinée aussi calamiteuse.
« Vous les enfants, obéissez en toute chose à vos parents ; cela est beau dans le Seigneur. Et vous les parents, n’exaspérez pas vos enfants ; vous risqueriez de les décourager. » Col 3, 20-21
Et j’ose avouer être parfois un peu peiné des choix du Saint-Père. En effet, il semble avoir suffisamment de temps pour saluer chaleureusement sa « sœur » Sarah Mullally, qui s’est assis sur la cathèdre de l’archevêché de Canterbury.
Mais il ne prends pas le temps de répondre aux demandes de la Vierge Marie exprimée à Fatima de propager dans un document adressé à tous les fidèles la dévotion des premiers samedis, pour que la Paix s’installe durablement comme elle l’a promis.
Cette posture pontificale provient sûrement de l’idée que le Saint-Père doit servir l’unité de toutes les confessions chrétiennes et même de tout le genre humain, comme une sorte de supra-pontife romain. C’est ce qui ressort de quelques propositions ambiguës évoquées dans des documents comme celui-ci :
Je suis pour ma part assez opposé à ce genre d’idée, considérant que son rôle est surtout d’affermir ses frères évêques dans la foi, pour le bien de tout le troupeau catholique qui lui est confié. Et qu’il ne doit pas trop s’éloigner de cette mission principale. Car sinon, cela briserait son unité profonde avec les autres évêques et avec les prêtres, et à travers eux avec tous les fidèles.
Je me dis souvent : bon, sur tous ces sujets, patience, patience. Le secret des cœurs appartient à Dieu, et ses chemins ne sont pas les nôtres. Et mon espérance, c’est que quoi qu’il arrive désormais, l’œuvre de Dieu s’accomplira !
Pour conclure dans cette note d’espérance, je raconterai une dernière anecdote qui m’est arrivée adolescent alors que j’étais scout. Nous étions en grand jeu, dans une vallée des Pyrénées. Notre patrouille avait installé un bivouac à la belle étoile dans des fourrées sur le flanc de la montagne. Durant la nuit, une autre patrouille, installée de l’autre côté de la vallée nous a appelés à l’aide. Avec deux autres éclaireurs, nous sommes partis en pleine nuit pour les rejoindre et voir ce qui se passait. Le chemin faisait plusieurs dizaines de minutes. Et en arrivant sur place, ils nous racontèrent avoir été embêtés par des jeunes du village qui avaient planté des couteaux un peu partout durant leur sommeil, et déplacé divers objets sur les braises du feu. Les patrouillards s’étaient réveillés en sursaut, effrayés. Heureusement, les voyous étaient partis sans chercher davantage de noise. Au final, plus de peur que de mal. Nous avons passé un petit temps avec l’autre patrouille. Puis nous avons pris le chemin du retour. Sauf que nous n’avions aucune idée en pleine nuit du lieu exact de notre bivouac dans les fourrées. C’était bien embêtant de se voir déjà contraints à errer au beau milieu de la nuit ! Heureusement, une petite luciole aperçue à l’aller à l’endroit précis où nous devions nous engager entre les buissons nous a permis de retrouver notre chemin. La Providence de Dieu veille ! Nous avons alors pu finir tranquillement notre nuit.
Paix à vous !
Quelques liens sur l’affaire des sacres :
https://fsspx.news/fr/news/le-pere-blignieres-demande-un-ordinariat-aux-cardinaux-56635
